Before Midnight

On 26/06/2013 by Nicolas Gilson

Richard Linklater retrouve Julie Delpy et Ethan Hawke: ensemble ils composent un nouveau segment de vie du couple éphémère de 1995 (BEFORE SUNRISE) qui s’est reformé en 2004 (BEFORE SUNSET). S’il importe peu narrativement d’avoir déjà partagé l’intimité de ce couple – tant celle-ci est l’objet même de leurs dialogues – sans doute cela permet-il une complicité qui rend BEFORE MIDNIGHT appréciable. Car découvrir ce couple en pleine crise de la quarantaine n’a de réjouissant que le réalisme des doutes. Genré et hétéronormé, le film soulève des questionnements bien communs avec humour à travers un déballage dialogique aussi juste qu’assommant.

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Blablablablabla

En vacances en Grèce, Jesse (Ethan Hawke) conduit son fils dont il n’a pas la garde à l’aéroport. Déjà la situation est mise à nu dans les échanges verbaux : à mesure que le père cherche à être plus présent, le jeune ado se révèle de plus en plus autonome. Cette premier séquence devient rapidement motrice du dialogue qui prend place ensuite entre Jesse et Céline (Julie Delpy). Le mouvement est lancé : les protagonistes se questionnent quant à leur vie, leurs choix… Un mouvement qui les réunit, guide les conversations entre hommes, femmes ou couples, mais les conduit aussi aux doutes… En quelque séquences, le temps d’une journée, le destin du couple est mis en question.

Linklater, Hawke et Delpy continuent à fantasmer le devenir d’un couple de fiction. Scénarisé comme le précédent volet par le trio, BFORE MIDNIGHT dont la trame narrative se déploie sur une journée se compose de peu de séquences. Chaque lieu est vecteur d’enjeux bien que le dialogue qui s’impose semble être le prolongement d’une même interrogation qui s’ancre crescendo.

La fluidité de le mise en scène est à souligner. Fort d’une lumineuse photographie, Linklater suit tantôt ses protagonistes ou les capte dans une frontalité révélatrice (qui assoit l’unicité du couple). Il compose son film de peu de scènes en optant le plus souvent pour la séquentialité des échanges – un choix qui conduit le couple Delpy-Hawke à proprement performer. Seules quelques scènes atteste d’un découpage pensé avec soin : ainsi à un univers masculin répond un espace féminin (la cuisine) dans la séquence de l’apéro, quatre couples sont confronté lors du repas et l’unicité du couple, remise en question, peut ensuite exploser. Le montage, aussi habile que rhétorique, ancre alors contraste, confrontation ou tensions. Et chaque ponctuation est soulignée par un renfort musical qui devient un réel leitmotiv.

Faut-il adhérer à cette perpétuelle effervescence de mots pour ne pas être assommé par ce qui apparaît être une mise en question incessante de l’être et de la relation (couple, parents/enfants, aïeuls ou intergénérationnalité) elle-même mise en abime dans le travail d’écrivain évoqué de Jesse. Au coeur de ce marasme (voire de cette asphyxie) les protagonistes ne cessent d’asseoir une norme genrée et caricaturale : les hommes prennent l’apéro tandis que les femmes cuisinent et Céline elle-même concède avoir perdu ses idéaux féministes. Et la Grèce ne sert que de (jolie) carte postale – un élément aussi sympathique que déplorable.

Vivement la ménopause et, plus tard encore, le cancer de la prostate ?

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BEFORE MIDNIGHT
•/♥♥
Réalisation : Richard Linklater
USA / Grèce – 2012 – 108 min
Distribution : ABC Distribution
Comédie romantique / drame

Berlinale 2013 : Hors Compétition

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