Critique : Beasts of No Nation

On 02/11/2015 by Nicolas Gilson

S’inspirant de l’ouvrage de Uzodinma Iweala, Cary Fukunaga s’intéresse au fil de BEASTS OF NO NATION à la réalité des enfants soldats happés dans des conflits qui les dépassent et sont peu à peu endoctrinés. Toutefois si le sujet est fort, l’approche du cinéaste tend à la pure esthétisation et se révèle tristement complaisante jusqu’à l’instrumentalisation de son personnage principal.

Au départ, Agu (Abraham Attah) a la naïveté des enfants de son âge. Attestant d’une imagination débordante, il occupe ses journées sans se rendre compte de la situation qu’affronte sa famille. Mais la réalité lui explose bientôt au visage, séparé de sa mère et témoin de l’exécution de son père, il s’enfuit dans la forêt où son chemin croise celui d’une milice, composée d’enfants et d’adolescents, dirigée par le Commandant (Idris Elba) qui, décidé à en faire un soldat, le prend sous son aile…

Beast of no nationAprès un générique joyeux et coloré, durant lequel résonnent les cris d’enfants en « récréation », BEASTS OF NO NATION s’ouvre sur une adresse directe de la part du protagoniste principal. Agu présente son quotidien, au fur et à mesure d’un enchainement de séquences illustrant son commentaire. Le ton est alors léger. A la présentation des membres de sa famille (paradigmatique malgré la situation) répond bientôt l’incursion du conflit qui préfigure un basculement narratif. L’histoire est alors celle de commune de nombreux villageois (l’histoire n’étant jamais située clairement) qui doivent faire face à la guerre civile, les hommes se séparent des femmes pensant les protéger avant d’être saisis par la barbares des rebelles dont ils deviennent, sans rien avoir fait, les ennemis.

Exacerbant l’imaginaire et la naïveté de l’enfance, l’introduction conduit à un basculement d’autant plus saisissant que notre regard est fondu à celui du protagoniste. La situation semble-t-elle caricaturale qu’elle n’en est peut-être que plus juste. Acculé, désespéré, Agu est confronté à l’inimaginable. Est-il fasciné par une silhouette d’enfant décoré de plumes chatoyantes que la féérie dessinée n’est pas au rendez-vous. Muni d’une arme, un enfant est un étrange fantôme…

beasts-of-no-nation1Bien que démonstratif, le parcours d’Agu est alors saisissant tant que le scénario adopte son point de vue – nourri par quelques interventions en voix-over. Toutefois l’approche se complexifie grossièrement, se concentrant alors sur la figure du Commandant et témoignant in fine de la pure instrumentalisation du protagoniste principal par le réalisation qui se plait, se complait à un exercice qui tourne à la pure démonstration, insensible et esthétisante.

Ouvrant de nombreuses pistes qu’il ne développe pas, Cary Fukunaga aborde sans détour la violence dans laquelle est plongée Agu jusqu’à l’intégrer – étant alors déshumanisé – en ne semblant pas oser aller jusqu’au bout des démons qu’il aborde. Un paradoxe s’inscrit lorsqu’il suggère le viol homosexuel qui demeure un tabou alors que l’illustration frontale de celui des femmes, tout comme les massacres à coups de machette, peut être livré sous une pluralité d’axes. Un paradoxe renforcé par le double silence d’Agu dont le commentaire est alors inexistant…

La caractère affecté de l’écriture se révèle à travers la réalisation et le montage qui manquent cruellement d’équilibre voire de cohérence. Jonglant avec les effets sans leur conférer de sens, Cary Fukunaga court à une esthétisation gratuite de plus éreintante. Citons en vrac un changement chromatique des plus abscons, des effets de ralentis suffisants, de notables fondus enchainés qui ont en commun d’être inexpressifs. Enfin, l’emploi incessant de la musique, vulgaire enrobage dictatorial, renforce cette impression de spectacle.

BEASTS OF NO NATION

Réalisation : Cary Fukunaga
USA – 2015 – 136 min
Distribution : Netflix
Drame

Venise 2015 – Sélection Officielle – Compétition

Beasts_of_No_Nation_postermise en ligne initiale le 3/09/2015

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