Critique : Bande de filles

On 04/10/2014 by Nicolas Gilson

A l’instar de son ouverture, BANDE DE FILLES est proprement hypnotique. Après LA NAISSANCE DES PIEUVRES et TOMBOY, Céline Sciamma signe à nouveau un film fort, ancré dans son temps, en s’intéressant au destin d’une adolescente noire qui vit aux portes de Paris. Un portrait qui, bien que singulier, est proprement universel. Magistral.

bande de filles diamond

Marieme vit effacée dans une cité. Elle voudrait passer en seconde, refusant le CAP qu’on lui propose car elle veut faire « comme tout le monde : normal ». Attentionnée, elle s’occupe de ses petites soeurs après l’école et subit les affres de la virilité de son grand frère, l’homme de la famille. Une bande de filles lui propose de se joindre à elles. Marieme refuse avant de changer d’avis, séduite par l’attraction qu’elles suscitent et, bientôt, la dynamique qui fait l’identitaire du groupe.

Céline Sciamma compose son film comme une succession de mouvements qui, à chaque vague, (re)dessinent la personnalité de sa protagoniste. Ce faisant elle ancre une critique juste et acerbe de la société pour le moins masculiniste dans laquelle la jeune fille évolue – et dans laquelle nous évoluons. Pour autant cette exégèse – des plus nécessaire – est teinté d’espoir au regard de l’éclat qui jaillit de sa protagoniste. Plus encore la réalisatrice se joue des codes et dès lors de nos attentes – le fard et le rouge à lèvres devenant des armes plus vives que la séduction.

L’ouverture du film tient du sublime : au-delà de la découverte de filles en train de jouer au rugby (une prime réappropriation d’un univers réservé d’ordinaire aux hommes), Céline Sciamma révèle avec une force rare la réalité qui régit l’espace public où les filles (femmes) deviennent les attributs des hommes, baissent la tête et avancent en silence. Ainsi lorsque les jeunes filles, encore excitées par leur entrainement, pénètrent la cité, elles plongent soudainement dans un mutisme saisissant. Les silhouettes masculines les entourent, comme menaçantes – une impression renforcée et confirmée alors qu’elles se séparent peu à peu. Du groupe se détache une figure, celle de Marieme, dont le récit et les lignes de vie ne sont dès lors qu’un point de vue sur une réalité commune. Trop commune.

La construction scénaristique est habile et parfaitement maîtrisée. Plus encore que son caractère universel, Céline Sciamma parvient ainsi à donner à sa BANDE DE FILLES plusieurs degrés de lecture : chaque geste, chaque mot trouvant un écho bien au-delà de la ligne narrative qui aborde brillamment les relations familiales, amoureuses, amicales et « sociales ».

Superbe et « esthétique », la réalisation n’est jamais esthétisante, Sciamma créant une syntaxe pleine de sens en jonglant à dessein avec les effets de mise en scène et de montage, le réalisme et les artifices, bref avec l’ensemble des possibilités que lui offre le médium cinématographique. Une grammaire pleinement expressive et quelque fois, lorsqu’elle exacerbe l’énergie des protagonistes, jouissive. Enfin comment ne pas être sous le charme face à l’ensemble des interprètes (Karadja Touré en tête) qui sont d’une justesse admirable – ce qui confirme par ailleurs l’acuité de la réalisatrice à diriger ses comédiens.

BANDE DE FILLES
♥♥♥(♥)
Réalisation : Cécile Sciamma
France – 2014 – 122 min
Distribution : Cinéart
Drame

Cannes 2014 – Quinzaine des Réalisateurs (Film d’ouverture)

Bande de filles affiche

Bande de Filles hotel

Mise en ligne initiale le 16/05/2014bande de filles poster

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