Critique : Baden Baden

On 03/05/2016 by Nicolas Gilson

Ancré dans le réel, flirtant avec le burlesque et s’ouvrant à l’allégorie, BADEN BADEN est un pur enchantement. Au fil du développement de son premier long-métrage de Rachel Lang exacerbe l’exhalation de son héroïne, une jeune fille ordinaire qui croque dans la vie à pleines dents sans chercher à planifier un plan d’épargne retraite. Emporté par Salomé Richard et servi par un casting éblouissant, le film est tout à la fois entrainant et mélancolique, révélant (ou confirmant) une réalisatrice de talent.

Baden Baden - Salomé Richard

Au volant d’un coupé sport, Ana (Salomé Richard) conduit une actrice sur un plateau de tournage à Bruxelles. Mal à l’aise dans ce rôle qui en lui convient pas, elle prend la route au volant de la voiture de location en direction de Strasbourg. Se réfugie-t-elle chez sa grand-mère (Claude Gensac) qu’elle fait face à elle-même, brin de femme devenue adulte, se mettant au défi d’installer une douche en lieu et place de la baignoire de son aïeule.

Je dois y aller, j’ai des congelés.

En guise de prélude, Rachel Lang nous offre un plan séquence déroutant qui nous permet de découvrir son héroïne qui voyage par une game de sentiments dont le plus troublant est une scène d’humiliation qui nous rend honteux de ne pas pouvoir intervenir. Plus que blessée, meurtrie, Ana devient d’emblée notre complice. Mal à l’aise dans un rôle qui ne lui convient pas, elle prend la fuite vers la liberté, vers elle-même, nous offrant une première inspiration avant de nous inviter à respirer purement et simplement.

Baden Baden

Moins naïve qu’il n’y parait, la protagoniste transcende une énergie folle. Criant sa liberté, revendiquant son indépendance, elle est féministe et amoureuse. Pour avancer, elle doit combattre ses vieux démons. Elle ancre un parcours initiatique inversé, revenant vers le terrain-même de son enfance pour s’en émanciper. Tout à la fois réaliste et burlesque, le scénario de Rachel Lang est formidable. Nourri de répliques qui claquent, il prend le pouls d’une génération qui s’émancipe des codes et ose remettre en cause les normes établies, quitte à se brûler les ailes.

Tiens, épluche des carottes, ça te fera des fesses roses.

Mini-short, marcel et poils sous les aisselles, Ana ne sait-elle pas vraiment ce qu’elle veut, qu’elle maîtrise le pouvoir de dire non. Partageant une même complicité avec sa grand-mère, son frère (Thomas Silberstein) et son ami d’enfance (Swann Arlaud) – qui peut être son amant, elle témoigne d’une franchise subjuguante toutefois mise à mal lorsqu’elle est face à Boris (Olivier Chantreau) dont elle ne peut que retomber amoureuse.

Baden Baden -Rachel Lang © chevaldeuxtrois tarantula

Développant les thématiques déjà abordées dans ses court-métrages POUR TOI JE FERAI BATAILLE (2010) et LES NAVETS BLANCS EMPECHENT DE DORMIR (2011), Rachel Lang retrouve une héroïne – et une comédienne – qui a muri lui permettant de fouiller son sujet nourri d’une métaphore sous forme de douche qui, tel un pamphlet féministe, atteste avec humour et mélancolie de l’accomplissement de soi par soi-même.

Saisissant proprement l’instant – la justesse de nombreuses séquences est admirable – sans craindre parallèlement d’acter de sa mise en scène, la réalisatrice compose un film éblouissant servi par une sublime photographie (signée Fiona Braillon) et nourri d’un travail sur le son (dirigé par Aline Huber et orchestré par David Vranken) qui permet sans heurt le basculement vers un riche onirisme.

BADEN BADEN
♥♥♥
Réalisation : Rachel Lang
Belgique / France – 2016 – 95 min
Disribution : Tarantula Films & Abidi Communication
Tribulations (extra-)ordinaires

Berlin 2016 – Forum

Baden Baden - affiche

mise en ligne initiale le 13/02/2016baden-baden

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