Avant l’hiver

On 26/11/2013 by Nicolas Gilson

Paul (Daniel Auteuil), la soixantaine, est un neurochirurgien accompli. Il est marié à Lucie (Kristin Scott-Thomas) et partage son la majorité de son temps entre son poste à l’hôpital et ses consultations privées dans un élégant cabinet où pratique également Gérard (Richard Berry), son ami psychiatre. Il a un fils, Victor (Jérôme Varanfrain) avec qui il entretient une relation conflictuelle. Peu à peu, à l’approche de l’hiver, alors qu’il croise de manière récurrente Lou, une jeune inconnue (Leila Bekhti), Paul commence à douter et à mettre sa vie en question.

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«  – Je me suis trompé de vie »

Afin d’exciter la curiosité du spectateur, Philippe Claudel ouvre son film sur une séquence le confrontant au principal protagoniste lors d’un interrogatoire de police. Paul se présente face à la caméra comme étourdi et les doutes s’inscrivent. Les policiers évoquent une jeune femme, leur rencontre et révèlent un mensonge. Paul l’aurait opéré de l’appendicite or le rapport d’autopsie est formel : elle n’a pas de cicatrice sur le corps.

Le fil narratif se déploie alors, invitant le spectateur à la découverte de la réalité de l’homme qui sera – il le sait – secoué par cette information. Philippe Claudel esquisse un quotidien qui est bientôt perturbé par deux éléments : la rencontre avec une jeune-femme dénommée Lou (qui vire à l’obsession) et la livraison intempestive de roses rouges dont le commanditaire est inconnu. Plus que de construire cela comme le voyage introspectif du protagoniste au sein de ses souvenirs, le réalisateur met en place un banal flash-back – ou, pour le moins, prend au pièce le spectateur avec la scène d’ouverture. La vie de Paul se déploie comme dans un roman. Au fil des chapitres (ponctués musicalement), les autres personnages, qui servent avant toute choses à le définir, prennent plus ou moins d’importance. Ce faisant, le point de vue adopté est multiple : Philippe Claudel construisant certaines séquences selon le regard de Lucie et, dans une moindre mesure, de Victor.

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Les roses rouges qui hantent le protagoniste s’avèrent-elles complexes que cela se lit dans les dialogues ou s’inscrit visuellement avec une dommageable insistance qui rend palpable la construction et donc le point de l’auteur/réalisateur. Si l’écriture se ressent amèrement au coeur même des séquences et dans les dialogues, elle est aussi bien marquée dans la caractérisation des protagonistes. Finesse absolue ou complète balourdise que de mettre en scène un neurochirurgien et un psychiatre afin d’appréhender une impossible introspection. Quoiqu’il en soit, l’ensemble est tellement lisse que les enjeux du film semblent tout rhétoriques.

Rendant le spectateur témoin du quotidien de Paul sans jamais le conduire à en partager les sensations – peut-être néanmoins parce que ce quotidien en est dépourvu – Philippe Claudel semble passer à côté de son sujet. La réalisation a beau être soignée qu’elle s’avère affectée et assoit l’artificialité de l’écriture notamment à travers une direction d’acteur peu convaincante. Seule Leïla Bekhti et quelques protagonistes très secondaires sont crédibles. Le jeu emprunté de Daniel Auteuil ou celui synthétique de Kristin Scott-Thomas (dont l’étonnement peut être source de rire) mettent proprement le spectateur à distance.

Avant l'hiver

AVANT L’HIVER

Réalisation : Philippe CLAUDEL
FRANCE – 2013 – 102 min
Distribution : Lumière
Drame

Film Fest Gent 2013 – Panorama

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