Attenberg

On 28/09/2011 by Nicolas Gilson

Rares sont les films aussi sensibles. ATTENBERG est un bijou habilement écrit, admirablement mis en scène et brillamment dirigé. Athina Rachel Tsangari signe une réalisation à la fois troublante et enivrante, simple et complexe : un film juste et étonnant.

Marina a 23 ans. Encore pucelle, elle est persuadée d’être asexuée. Ainsi, dépourvue de désir, elle tente néanmoins de comprendre la sexualité, ses attraits et ses gestes. Embrasser et questionner sa meilleure amie, dialoguer avec son père sur sa libido font partie de son cheminement personnel vers l’éveil à sa propre sexualité. Le trait est épais, Marina est d’une gaucherie absolue. A 23 ans, elle se comporte comme une gamine non encore pubère. Un comportement qui met en place un premier trouble, à la fois amusant et pertinent. Car ce questionnement de Marina est avant tout un questionnement existentiel singulier, un point de vue sur le monde et sur la société.

Marina a 23 ans. Son père va bientôt mourir. Elle est proche de lui. Très. Et elle doit apprendre à s’en défaire. Elle doit se préparer à le quitter. Mais la complicité qui les unit est intense, légère et absolue. Magique.

Sur base du portrait d’une jeune fille à une période charnière, Athina Rachel Tsangari compose un film pluriel d’une force et d’une douceur bouleversantes. Elle lie l’éveil à soi, la mort et la vie avec finesse, sans jamais sombrer dans le pathos. ATTENBERG est un film joyeux et gracile. A une écriture riche et subtile, répond une mise en scène originale extraordinaire. Artiste photographe, la réalisatrice a un sens affiné du cadrage. L’emploi de la musique ou d’autre médiums (comme la télévision) est judicieux et participe à une réelle expérience filmique. « Le temps de l’amour » est ainsi redécouvert. Un morceaux chanté comportant un touche d’irréel et composant l’une des séquences les plus touchantes du film. La musique devient ponctuellement la meilleure manière de s’exprimer, de s’ouvrir à l’autre, qu’importe qu’il soit présent ou absent.

Avec notamment DOGTOOTH (Kynodontas), produit par Athina Rachel Tsangari et réalisé par Yorgos Lanthimos que l’on retrouve ici comme acteur, ATTENBERG participe au renouveau du cinéma grec. Une « nouvelle vague » troublante et sensible tant les sujets qu’elle aborde avec singularité se veulent universels.

ATTENBERG
♥♥♥♥
Réalisation : Athina Rachel TSANGARI
Grèce – 2010 – 95 min
Distribution : Lumière
Comédie dramatique

Venise 2010 – Compétition Officielle
(Coupe Volpi de la meilleure actrice – Ariane Labed)

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