Critique : A Single Man

On 23/02/2010 by Nicolas Gilson

Premier film de Tom Ford, A SINGLE MAN est un bel objet cinématographique. A la frontière de l’expérimentation esthétique, il confronte le spectateur au pathos du protagoniste principal, George Falconer, tout en mettant en scène les fantasmes esthétiques du réalisateur.

Celui-ci crée une riche dynamique de captation privilégiant le gros plan voire le très gros plan. Il parvient ainsi à une hypothèse de révélation à travers le détail ; tantôt celui significatif induit par des gestes, des regards ou des objets usuels – renvoyant ponctuellement à la pulsion scopique ; tantôt celui accessoire de l’anodin esthétisant – un grain de beauté, une boucle d’oreille … Malheureusement une quête improbable de la « belle image » rompt le charme de son approche singulière : l’esthétique générale du film apparaît incommensurablement n’être pas pensée d’un point de vue cinématographique. Les effets de ralenti employés dans diverses scènes, les variations chromatiques ou de luminosité tendent plus à une pure esthétisation. Néanmoins A SINGLE MAN atteste d’un identitaire visuel indéniable dont la qualité de la photographie est remarquable.

A-single-man-tom-ford

Cette esthétisation se retrouve en fait dans la surimportance du détail. Décors, costumes, coiffures, accessoires … le moindre petit élément pesé, mesuré, calculé au point qu’aucune respiration n’est possible. De là émane une regrettable artificialité. Celle-ci est renforcée par une série de clichés visuels et esthétiques des sixties : fantasme photographique, double étrange de Brigitte Bardot, clône de James Dean … Tom Ford confronte le spectateur à une succession d’images, de tableaux brillamment pensé mais dont le caractère synthétique est en complète opposition avec le sujet même du film.

Ce sujet est la dépression d’un homme et au-delà l’exacerbation du trouble qui l’habite depuis que son conjoint est décédé. Las de vivre sans l’objet de son amour, il ne se retrouve plus en tant qu’individu. Par le billet éculé du recours à la voix-over il se livre au spectateur. La narration induite baigne en plein pathos. La construction scénaristique sombre rapidement en une démonstration en tableau toutefois l’interprétation de Colin Firth est tellement poignante qu’elle gomme le sophisme et la pédanterie de l’adaptation de l’oeuvre de Christopher Isherwood.

A single man Tom Ford

A l’exception du personnage de George Falconer, l’ensemble des protagonistes transparaissent n’être que des caricatures stéréotypées. Un artifice cependant intrigant car il témoigne de l’absence d’intérêt que peut ressentir le protagoniste principal à vivre dans ce monde creux, surfait presque irréel. Seule son amie Charley – une admirable Julianne Moore – semble également être dotée d’individualité. Pourtant les rares séquences où elle prend place reposent sur un montage tellement morcellaire qu’elles en deviennent chimériques. Aussi Georges Falconer erre dans un univers illusoire tandis qu’il se meut de désenchantement … Seul le sentiment amoureux serait digne d’intérêt. Un désir qui prendra la forme de la pulsion.

Un leitmotiv musical, une musique lancinante et conditionnante, s’impose comme dictatorial. A l’instar des approches visuelles et de caractérisation, il renforce l’impression d’artificialité. Plutôt que de fondre le spectateur au désarroi qui (dés)anime Georges Falconer, Tom Ford le place face à une illustration de ses capacités à le représenter. Qu’il s’agisse de la prémisse d’un style, d’un brillant essai avant maturité ou d’une expérimentation unique, A SINGLE MAN est un film d’une rare poésie qui malgré sa spécificité synthétique s’impose comme bouleversant. Colin Firth y est décontenançant, Julian Moore phénoménale et cette perfection, au-delà de leur talent indéniable, ne peut qu’être induite par la justesse de la direction de Tom Ford.

A SINGLE MAN
♥♥(♥)
Réalisation : Tom FORD
USA – 2008 – 99 min
Distribution : Cinéart
Drame
EA

Venise 2009 – Sélection Officielle en Compétition (Prix d’interprétation masculine)

a single man - affiche belge

a-single-man-a-single-man-critique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>