AntiChrist

On 16/09/2009 by Nicolas Gilson

Comment ne pas être choqué par ANTICHRIST ? Ou sous le choc ? Lars von Trier secoue littéralement le spectateur, le mettant mal à l’aise tant physiquement que psychologiquement. Si le réalisateur semble mettre en scène des fantasmes pouvant nourrir des analyses aussi diverses que poussées, il parvient à rendre le spectateur proprement vulnérable. ANTI CHRIST est un film aussi trouble que troublant, choquant dans tous les sens du terme : une expérience en soi.

ANTICHRIST s’ouvre sur un prologue envahit par Lascia ch’io pianga au point de sublimer la chanson. Une captation extrêmement lente, presque photographique, présente un couple empreint de désir. Une complicité sexuelle témoignant d’un érotisme rare. Un corps à corps magnifié dont seuls les gestes et les regards sont perceptibles. Déjà des symboles renforcent l’hypothèse de désir et de jouissance, l’eau en est l’exemple paradigmatique. Mais cette complicité est offerte au spectateur avec une terrible hypothèse de perdition que peut comporter l’idée de transport au-delà de la réalité due à l’envol sexuel. Alors que le couple fait corps – au sens propre, le réalisateur n’hésitant pas à insérer un plan pornographique – l’union le conduit à ne pas prêter attention à l’escapade nocture de leur fils, fruit de cette union. Celui-ci, à peine âgé de quelques années, attiré par la neige, se défenestre. Le réalisateur assemble en cette séquence du prologue la jouissance et la mort, il unit deux hypothèses opposées ; celle à la fois du dont de vie et du plaisir pur à celle de la finitude. Plus encore il ancre un contraste à la fois amer et ironique en esquissant une triangularité mettant en scène le tambour d’une machine à lessiver. Au sein de ce prologue, Lars von Triers insère trois mendiants, présentant trois sentiments : les quatre chapîtres peuvent alors prendre place.

Quatre chapitres au travers desquels le réalisateur revisite l’hypothèse du deuil au même titre qu’il semble revisiter les genres. Quatre chapitre où Lars von Triers conduit le spectateur de l’Eden à l’enfer. La symbolique religieuse tout comme sa mise à mal sont évidente. Pourtant le réalisateur met en scène un récit surprenant. Certes misogyne et incompréhensible à bien des égards mais il parvient à fondre le spectateur au sein même du ressenti. Sans doute ANTICHRIST est-il un film malade car indéniablement à vif. Le réalisateur oblige le spectateur à pénétrer au coeur d’un terrible fantasme, celui cauchemardesque de la pleine perdition d’un couple dont l’épouse, mère aimante, s’avère proprement diabolique. A chaque chapitre Lars von Triers pose un nouveau filtre de lecture, il complexifie son récit à mesure que son héroïne se révèle.

Charlotte Gainsbourg est saisissante dans ce rôle extrême. Elle témoigne d’une folle fragilité. D’angélique, elle devient proprement démoniaque, comme habitée. Un rôle physique, une mise à nu effective, qui surprend le spectateur. La force de son jeu est stupéfiante. Tout comme celle de Willem Dafoe. Ils impressionnent littéralement le spectateur. Lui transmettant la terrible sensation de percevoir les choses. Une sensation psychologique que le réalisateur rend physique grâce à sa mise en scène et sa perversion narrative.

Car Lars von Trier cherche à mettre le spectateur à mal. En le confrontant à une thématique douloureuse avant de le conduire à la limite de l’état de choc, un état de choc physique improbable conduisant le spectateur à ressentir la violence qui s’inscrit sur l’écran. Pour ce faire il revisite les genres, les fondant les uns aux autres. Il s’adresse au spectateur l’obligeant à mettre à vif sa propre trivialité. L’horreur et la pornographie servent de stimuli. La peur et le désir s’entremêlent. Alors que la sexualité magnifiée et la cruauté de la mort constituaient deux hypothèses séparées au sein du prologue, le réalisateur les unit terriblement. La sexualité devient synonyme de mort et de déplaisir. Une antithèse parfaite, insoutenable, qui laisse des traces indélébiles.

ANTICHRIST
***(*)
Réalisation : Lars von Triers
Danemark/Allemagne/France/Suède/Italie/Pologne – 2009 – 104 min
Distribution : Image
Drame
Enfants non admis

2 Responses to “AntiChrist”

  • Très bonne critique. J’ai beaucoup aimé le film aussi, Charlotte Gainsbourg m’a glacé les os d’ailleurs s’ il a fallut s’y reprendre a deux fois pour cerner clairement les idées du real c’est que beaucoup de ces scènes s’attaquent brutalement à la rétine. Mais encore bravo à Lars Von Triers un Fou/Génie comme on les aime dans le cinema et bravo a Cinemma pour l’article et ca va de soit la totalité du site.

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