Interview : Anne Dorval

On 07/10/2014 by Nicolas Gilson

En 2009, Xavier Dolan offrait à Anne Dorval le rôle magistral de Chantal Lemming dans J’AI TUE MA MERE qui lui valut le Bayard d’Or de la meilleure comédienne et le Jutra de la meilleure actrice. Après l’avoir retrouvée ensuite dans LES AMOURS IMAGINAIRES où elle campait le rôle de Désirée, il lui offre à nouveau un premier rôle dans MOMMY dans lequel son interprétation est époustouflante. Rencontre avec l’actrice venue au FIFF de Namur présenter le film.

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Vous voilà mère pour la troisième fois dans un film de Xavier Dolan. - Je fais souvent des mères, j’ai l’âge de jouer des mères, je pourrais jouer des grand-mères aussi – j’en ai déjà jouée une il y a très longtemps. Une mère, ce n’est pas un personnage en soi, c’est un statut. Il y a un million de variations sur le thème.

Est-ce que vous seriez une mère universelle ? - Je ne pense pas, non. Il faudrait demander à Xavier (Dolan) ce qu’il en pense. Ce n’est jamais la même mère, ce n’est jamais non plus le même combat. On savait bien en faisant MOMMY que les gens allait faire un parallèle (avec J’AI TUER MA MERE) parce que c’est encore une mère mono-parentale avec un fils. Mais les deux films n’ont vraiment rien à voir et les personnages non plus.

Quand est-ce que vous avez rencontré le personnage de Die ? - Xavier m’avait parlé de cette idée il y a très très longtemps. Il voulait faire le film en anglais. L’an dernier, pendant l’été, il m’a demandé ce que je faisait à l’automne. Il m’a dit qu’il allait faire MOMMY avec moi. Comme j’avais déjà des tournages, on s’est organisé. C’est une idée qui germait déjà dans son esprit dont j’étais au courant.

Comment avez-vous préparé le rôle ? - Xavier est très très fort dans l’écriture des dialogues. Il écrit des dialogues très précis qui en disent beaucoup sur la couleur des personnages et sur le rythme. Les silences et les didascalies aussi. Tout cela nous aide à construire les personnages. Je travaille toujours de la même façon, je peux lire un scénario 50 fois ; je peux laisser passer des semaines sans le lire puis j’y reviens, j’annote, je pose des questions… Il y avait des costumes, des chaussures qui sont très très importants pour moi. Les chaussures, ça en dit long ; c’est le plus important du costume. Ça change la façon de bouger, de se mouvoir. Ça nous dit comment le personnage se perçoit. C’est une femme qui a quand même une cinquantaine d’années et quand on la voit s’habiller comme une adolescente, ça en dit beaucoup sur son déni face à sa propre réalité, sur ce qu’elle ne veut pas voir.

Anne Dorval © FIFF 2014

Le langage revêt une grande importance, il y a dans le film un véritable goût des mots mais aussi une rythmique spécifique du phrasé. - Oui. Il y a aussi beaucoup d’humour dans le film. On parle beaucoup du côté dramatique mais il y a énormément d’humour. C’est dû beaucoup au langage très très coloré des personnages, leur façon de jouer avec les mots, de se battre et de se réconcilier, de changer leur vocabulaire et d’inventer des mots. Le personnage de Die invente des formulations qui n’existent pas. Parfois c’est par espoir de mieux paraître vis à vis de ceux qu’elle conçoit comme une élite. Elle essaie d’avoir un français un peu plus soigné mais elle n’y arrive pas, alors elle invente des expressions. D’autres fois, c’est vraiment pour s’amuser avec la langue et faire rire la galerie : c’est quelqu’un qui a son public et qui y tient.

Die a également conscience de son image. - Elle a ce besoin de dédramatiser ce que la vie lui envoie tous les jours. Elle est capable de rire d’elle-même, de sa situation, de son fils… Parce que sinon, je pense qu’elle en serait morte bien avant. On voit bien qu’elle n’a ni allié ni ami ni famille. Elle est vraiment toute seule avec son garçon puis tout d’un coup le personnage de Kyla arrive et la lumière apparaît – pour les trois personnages.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement touché dans le film ? - La nature de ces personnages qui au premier abord n’ont rien pour eux : ils n’ont pas beaucoup d’instruction, ils n’ont pas de culture, ils sont un peu vulgaires et ils se font juger. Les gens les jugent tout le temps. On le voit dans le film. C’est sûr qu’elle va être jugée ; moi-même probablement que je la jugerais.

La musique, à l’instar de la chanson de Céline Dion, revêt une grande importance. - Ça fait partie de leur vie. C’est une musique qui a existé dans leur vie. Le père, décédé, leur a laissé une compilation de chansons que lui aimait et que Steve écoute ne boucle parce qu’elle s’ennuie de lui. Ça lui rappelle les années où ils étaient tous les trois réunis. Quand son père a disparu, il y a eu comme un déclic dans son existence : c’est un enfant malade mais la perte du père déclenche quelque chose de plus fort. Ils ont du le placer en institution, dans une école spécialisée et, quand le film commence, il se fait foutre à la porte et la mère doit le reprendre. Mais elle n’a ni les outils ni l’aide ni l’argent nécessaires.

Est-ce que la contrainte du cadre a influencé votre manière de jouer ? - Ça n’a pas influencé mon jeu. Ce qui influence mon jeu c’est quand on me dit si on tourne en gros plan ou en plan éloigné car on ne joue pas de la même façon. Mais le cadre, c’est la mise en scène de Xavier. Ça aurait pu être autre chose qu’un cadre carré. Non, pour nous ça n’a pas changé quoi que ce soit, à part le fait qu’on ne peut pas faire de gestes quand on est en gros plan.

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