Interview : Angélique Litzenburger

On 03/09/2014 by Nicolas Gilson

Danseuse de cabaret, devenue ensuite entraineuse, Angélique Litzenburger est aujourd’hui l’héroïne de PARTY GIRL. Le film, co-réalisé par son fils Samuel Theis, Claire Burger et Marie Amachoukeli, met en scène un épisode de sa vie lorsqu’elle décida de quitter le monde de la nuit et de se marier avec un client. Elle a séduit la croisette où le film a été salué par la critique avant de remporter la Caméra d’Or. Depuis, elle a couru les festivals et découvert les plateaux de télévision. Rencontre avec une femme extra-ordinaire, une party girl comme elle se plait à le dire.

Party Girl sourire

Comment avez-vous découvert l’univers du cabaret ? - Quand j’étais serveuse, deux jeunes hommes sont venus me demander si gagner plus d’argent m’intéressait. Je ne connaissais pas les cabarets. Il m’ont donné une adresse et j’y suis allé avec une copine. J’ai vu une danseuse faire du strip-tease et j’ai dit que je ne ferais jamais ça. Et je l’ai quand même fait. Il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau.

Comment définiriez-vous le travail d’entraineuse ? - Je n’étais pas une entraineuse, j’étais une danseuse – une danseuse qui devient une entraineuse parce qu’elle ne veut pas quitter le cabaret. A un certain âge tu ne peux plus danser comme à 23 ans. Je pouvais encore mais je voulais partir en beauté – rester comme les gens m’ont vu. Je suis alors devenue entraineuse. Mais ce n’est pas facile. C’est plus facile d’être danseuse : tu te mets sur la scène, tu danses, tu as ton cachet et c’est terminé.

Vous travaillez toujours au cabaret ? - Non. Mais je suis quand même une party girl. Je suis libre et je fais ce que je veux. C’est mon caractère aussi : je fais toujours ce que je veux et je ne me laisse pas commander.

Qu’est-ce qu’une « party girl » ? - On me l’a pose beaucoup cette question. Une party girl, c’est une femme qui aime s’amuser, la liberté et les hommes ; qui aime être autonome et qui n’a besoin de personne. Ce n’est pas une femme d’intérieur, c’est une femme d’extérieur.

Est-ce que vous vous sentez libre ? - Oui. Je me suis toujours sentie libre. Mais quand je me suis mariée, je me sentais moins libre.

Party Girl - Angélique et Michel

Pourquoi avez-vous voulu vous marier ? - Je pensais qu’il était temps de me ranger un peu comme j’arrivais quand même à un certain âge. Il fallait quand même bien qu’un jour je me sépare du cabaret. J’aimais mon métier, j’aimais être là avec les filles car c’était ma famille. Mais je me suis dit qu’il fallait que je me range. Comme Michel m’a proposé le mariage – j’ai d’abord cru que c’était une blague – je me suis dit que ce serait peut-être mieux pour mes enfants et pour ma sécurité. Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas ça… Je suis quand même restée un an et demi avec lui. Je n’ai pas quitté mon mari à la nuit de noce, c’est vraiment cruel. J’étais contente de retrouver ma liberté.

Vous avez été mariée plusieurs fois ? - Trois fois oui. Sam a flashé sur le troisième mariage parce qu’il a vu que c’était pour une question de sécurité et pour me rapprocher de mes enfants. J’avais 26 ans quand je me suis mariée avec le père de mes deux fils ; j’ai eu Séverine à 32 ans et j’ai eu ma dernière à 40 ans mais je ne me suis pas mariée.

Vos enfants connaissaient-ils l’univers du cabaret ? - Pas vraiment. Seul Sam (Samuel Theis) en connaissait un peu plus de moi. Les autres savaient que j’étais danseuse mais sans plus.

C’était votre volonté de ne pas leur en parler ? - Oui. Je préférais. Maintenant, ils le savent, ils l’ont vu dans le film et ils ne m’ont pas fait de reproches. J’ai des enfants formidables qui sont compréhensifs. Ils ont accepté de jouer avec moi dans le film (ils jouent leur propre rôle) et ils m’ont comprise. Même si je ne les ai pas vraiment élevés, j’ai beaucoup pensé à eux et je les ai aimés. Ils m’ont protégés aussi.

Ça a été facile d’avoir des enfants parallèlement au travail ? - Non, j’avais la chance d’avoir ma mère qui pouvait garder mes enfants. Ça m’a permis de continuer à faire ce métier. Sans elle ça aurait été compliqué mais je n’aurais pas laissé mes enfants. Elle les a élevés plus que moi parce que j’étais tout le temps partie.

Party Girl - Angélique

Comment est-ce que le projet de film s’est mis en place ? - J’avais déjà tourné FORBACH avec mes deux fils (réalisé par les mêmes réalisateurs). Samuel m’a dit que les gens lui avait dit que j’étais un personnage très intéressant. Il a flashé sur mon troisième mariage. Il s’est dit qu’on pouvait faire un film avec ça. Mais je ne savais pas ce qu’il avait en tête. Il m’a dit qu’il voulait faire un film avec moi sur ma vie privée. Je ne voulais pas. Une danseuse qui devient une entraineuse, qui a des enfants… Comment les gens allaient me regarder ? Et c’est ma chance : ils ont bien réagi. Et mes enfants aussi.

Qu’est-ce qui vous a convaincu ? - Il m’a dit qu’il voulait faire un beau portrait de moi et que je jouerais avec mes propres enfants. Ça a fait tilt. Avec mes propres enfants, ça allait être quelque chose de bien. Je lui ai demandé le temps de réfléchir. Et quand je lui ai dit oui, il était content.

Vous avez alors avoué votre passé à vos autres enfants ? - Je leur ai demandé s’ils voulaient jouer avec moi et je leur ai dit qu’il s’agissait de ce que je faisais au cabaret. Ils n’étaient d’abord pas vraiment chauds mais, en fin de compte, ils étaient quand même d’accord. Ils ont voulu me faire plaisir.

Est-ce que vous vous sentez jugée par les autres femmes ? - Oui. Des femmes me jugent. Et j’ai cette impression qu’il y a de la jalousie parce que je suis libre et qu’elles ne le sont pas. Peut-être que c’est parce qu’elles ne peuvent pas faire ce que moi je peux. Mais j’ai quand même les pieds sur terre.

Party Girl

Est-ce que le métier de cabaret a beaucoup évolué ? - À l’époque c’était des danseuses de classe. Je faisais l’acrobate et du théâtre. Aujourd’hui, quand on voit le table-dancing, ce ne sont pas de vraies danseuses. Ce ne sont pas des danseuses artistiques. Elles dansent sur des bars et c’est tout. Les cabarets ferment tous. Ils ne trouvent plus d’artistes. Je pense que ça n’intéresse plus les gens. On ne veut plus ce genre de danseuse. On voit du table-dancing avec des filles qui dansent n’importe comment et qui bougent un tout petit peu. Je le dis dans le film. Moi j’étais une danseuse, pas comme vous. Qu’est-ce que vous faites sur scène ? Moi je faisais des numéros de 20 minutes. Les danseuses avant étaient plus jolies que maintenant. Je faisais beaucoup de costumes moi-même. J’avais de super costumes. Il fallait ça, sinon tu ne passais pas dans les cabaret. Je ne veux pas me lancer des fleurs mais j’étais admirée. On me dit encore aujourd’hui. Moi, j’étais la reine de la nuit. Je faisais des choses qu’on ne voit plus. Ce sont les souvenirs qui restent. Et j’ai ça en moi.

Est-ce que les filles sont tout aussi libres que vous à l’époque ? - Non. Il y a des filles qui étaient libres et d’autres non. Ça se donnait. Moi, je la prenais carrément ma liberté. Je ne me laissais pas commander. J’ai un caractère très fort. J’ai quand même vécu pas mal de trucs.

Party Girl

Vous avez fortement troublé Antoine de Caunes sur le plateau du Grand Journal. - Je vais vous raconter car ça ne vient pas vraiment de moi. Il est venu me saluer dans la loge et l’attaché de presse – qui voit et qui entend beaucoup de choses – m’a dit qu’Antoine de Caunes, depuis qu’il a vu le film, est fan de moi. Il m’a dit de le draguer un peu car ça lui ferait plaisir. Je lui ai dit que je n’allais pas draguer un homme que je ne connais pas, que je ne vois qu’à la télé. Il m’a dit qu’on allait rigoler un peu. J’étais partante. Beaucoup me disent qu’ils ont aimé cette émission parce qu’il ne savait plus où se mettre.

Vous auriez remplacé Patricia Kaas dans le coeur des gens de Forbach ? - Je n’ai pas aimé ça, franchement. Je connais le frère de Patricia Kaas, Egon que j’aime beaucoup. C’est Antoine de Caunes qui a dit ça. Patrica Kaas, c’est une grande vedette et je ne suis pas à sa hauteur. Je ne pense pas l’avoir remplacée. Je n’ai pas eu l’occasion de le dire.

Ce temps de parole limité, ce n’est pas frustrant ? - Si, j’avais pas mal de choses à dire mais je n’ai pas eu l’occasion.

Est-ce qu’il y a des choses que vous aimeriez dire ? - Je voulais remercier Thierry Frémaux grâce à qui on vit un conte de fée, on découvre des choses nouvelles.


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