Angèle et Tony

On 30/01/2011 by Nicolas Gilson

Le premier long-métrage de Alix Delaporte est plein de douceur et d’humanité. Elle y esquisse le portrait d’un curieux couple. De l’effacement à l’éveil à soi, elle met habilement en scène de nombreux enjeux. Son approche est d’une justesse rare, privilégiant la simplicité au point d’atteindre une troublante fragilité.

Si le scénario de ANGELE ET TONY est lumineux, les choix esthétiques opérés par Alix Delaporte sont intelligents. Elle témoigne d’un réel sens du cadre et opte pour une lumière qui semble naturelle si bien qu’émane du film un réalisme délicat. Les gestes et les regards des protagonistes, ainsi révélés, revêtent une importance capitale. Les silences sont ici bien plus importants que les mots et la réalisatrice les met en scène avec adresse. La force première du texte scénaristique s’impose alors sans que jamais l’écriture ne transparaisse à l’écran. Le développement narratif est sensible, il dépeint la singularité d’une rencontre, le trouble d’une jeune femme, l’éveil aux amours.

L’ancrage dans le réel est aussi évident qu’enivrant. Derrière la rencontre singulière entre Angèle et Tony est esquissé la réalité des pêcheurs d’hier et d’aujourd’hui, celle de la réinsertion aussi… Alix Delaporte s’attaque au combat pour la vie au-delà de la survie. Et le propos en devient irrémédiablement universel.

Angèle s’efface au dernier degré. Elle n’a pour ainsi dire pas ou plus de consistance. Elle s’oublie. Elle n’existe pas en tant que personne mais uniquement en tant que corps. Elle s’est elle-même objectualisée. Son corps est une marchandise déshumanisée. Elle est persuadée d’avoir perdu toute humanité. Elle désire retrouver son fils mais cela l’effraie, tant elle a peur d’elle-même. Tony sera un tendre déclencheur : humain dans toute la noblesse du terme, il va perturber Angèle en lui témoignant du respect et de l’attention.

Le couple formé à l’écran par Clotilde Hesme (Angèle) et Grégory Gadebois (Tony) est majestueux tant il est crédible. Cette crédibilité ne repose pas sur la forme, sur la plasticité du couple, mais sur l’enivrante aura en émane. L’intensité de leurs regards et des gestes échangés est perturbante car elle apparaît sincère. Alix Delaporte apporte un réel soin à la direction d’acteur. Aucun personnage n’est relégué au second plan, ce qui exacerbe l’impression de vraisemblance.

ANGELE ET TONY pose un regard merveilleux sur l’existence. Le film offre une tranche de vie, un parcours. Une vie qui se ressent plus qu’elle ne se raconte. Qui se comprend aussi au travers des non-dits et des interrogations.

ANGELE ET TONY
♥♥(♥)
Réalisation : Alix DELAPORTE
France – 2010 – 87 min
Distribution : Lumière
Comédie dramatique
EA

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