Andrzej Chyra : Entrevue

On 07/01/2014 by Nicolas Gilson

Dans IN THE NAME OF, Andrzej Chyra est Adam un prêtre en proie à bien des questionnements. Après avoir concouru pour l’Ours d’Or lors de la 63 ème Berlinale, le film sort enfin sur les écrans belges. Rencontre avec le comédien lors du 40ème Festival du Film de Gand alors qu’il débarquait à peine de Chicago où il défendait le film quelques heures auparavant.

Vous aviez déjà travaillé avec Malgorzata Szumowska, la réalisatrice. Comment êtes-vous arrivé sur le projet ? - Oui, sur ELLES et sur ONO. En fait nous nous connaissons depuis des années. Comme les rôles que je jouais n’était pas très grands, nous avons envisagé de faire quelque chose de plus important ensemble. Alors que je jouais à l’Odéon et que Malgoska* préparait ELLES avec Juliette Binoche, nous avons commencé à parler du projet. Je ne sais pas si un scénario était déjà prêt ou s’il s’agissait d’une première version. Nous avons discuté du rôle et imaginé diverses choses autour du film.

Le sujet était déjà là ? - Oui, en un sens. Ça parlait déjà de sexualité et de solitude. La personnalité du personnage était problématique et le scénario a subi pas mal de modifications durant ces deux années. À la base, il s’agit d’une histoire qu’elle a trouvé dans un journal à propos d’un prête tué par un jeune garçon. C’était la première version et le prête avait affaire avec des garçons de quatorze, quinze ans. Mais nous sommes arrivé à la conclusion que nous ne voulions pas faire un film sur la pédophilie. Cela ne nous intéressait pas. Bien qu’avec cette histoire de crime le sujet était très « chaud » et très fort. On a donc décidé de changer l’âge des garçons, de les rendre majeurs, et c’est dès lors une toute autre histoire. Ensuite, nous avons supprimé le meurtre. Il y a eu plusieurs versions et celle-ci est vraiment très éloignée de celle de départ.

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Le film aborde conjointement les questions de désir et d’homosexualité. - Oui mais avant de parler d’homosexualité il est question de sexualité et de la volonté d’être honnête quant à ses sentiments. Quand on a réfléchi à cette histoire entre un prête et un garçon, on s’est dit que le sujet avait été abordé dans le cinéma polonais, certes pas de manière aussi directe. Mais ce genre de choses est arrivé et on le sait. C’était sans doute plus intéressant de raconter cette histoire en y insufflant quelque chose de plus tabou.

Le film montre qu’il y a une réelle tolérance quant à la possibilité pour un prête d’avoir une relation avec une femme. A contrario il semble impossible pour Adam de vivre son désir pour un autre homme dans une société où l’homosexualité est un sujet sensible. - En Pologne, une enquête montre que 35% des jeunes ont toujours peur d’être en contact avec des homosexuels mais d’un autre côté le film est très bien accueilli. Nous nous attendions à des protestations mais il n’y a pas eu de réactions. Je pense que les gens pensaient que ce serait plus intense et provoquant. Quelque part ils ont du être déçus. Mais en même temps beaucoup de personnes aiment le film. J’étais au festival de Chicago, où il y a une très grande communauté de Polonais, et lors de la rencontre après la projection il s’est avéré qu’ils ont apprécié que le film ne soit pas provoquant. L’histoire est bien plus profonde. Et ce sujet délicat montre que les mentalités évoluent en Pologne. Il y a 20 ans, lorsque PRIEST** est sorti, il y a eu des manifestations avant même la première projection du film. Il n’y a rien eu de tel. Il y a par contre une grande discussion dans les médias sur l’Eglise et l’homosexualité.

L’un des intérêt du film est que si l’homosexualité elle fait partie des éléments constitutifs de l’indentitaire du personnage, elle n’est pas la question centrale du film. - Effectivement. On voulait aussi faire un film sur la vie à la campagne et sur la mentalité des gens qui y habitent. Le point le plus important c’est peut-être que ce prêtre est seul au milieu des gens. Il est isolé avec ses désirs tant il lui est difficile de trouver un partenaire. Il s’avère qu’il est très sensible.

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Il se bat aussi contre d’autres démons. - Oui, de la même manière qu’il se bat contre son homosexualité, il se bat contre ses addictions. Il se sent fort quand tout est bien ritualisé – il court, il travaille, il prie. Mais un fois que cela est mis à mal, lorsqu’il surprend deux garçons qui font l’amour, sa force est mise à mal. Pour moi, au début du film, il a une très forte personnalité, mais après…

Comment avez-vous nourri votre jeu ? - J’ai parlé avec quelques anciens prêtres mais Malgoska avait mené des recherches profondes sur le sujet. J’ai aussi passé du temps à la campagne, là où on allait filmer. Et puis, j’ai simplement essayer d’imaginer ce qui lui arrivait. C’est alors que j’ai écrit le discours qui prend place dans le film parce que je voulais être plus engagé et ressentir comment il tente de traduire des questions compliquées voire philosophiques en un langage compréhensible pour ses paroissiens. C’est là que j’ai vraiment compris comment il trouvait sa place dans cet endroit.

La complicité avec la réalisatrice est complète. - Pour moi, si j’interprète un grand rôle, il m’est nécessaire de m’impliquer d’une manière ou d’une autre dans l’écriture. Et, bien sûr, puisque nous nous connaissons depuis des années, ça a été facile.

*« Diminutif » de Malgorzata
**PRIETS de Antonia Bird (1994) met en scène un prêtre homosexuel qui mène une double vie et remet en cause certains fondements de l’Eglise Catholique.

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