Critique : Les Délices de Tokyo (An)

On 09/02/2016 by Nicolas Gilson

En adaptant l’ouvrage de Durian Sukegawa, Naomi Kawase propose avec AN (Les délices de Tokyo) une fable intemporelle au coeur de laquelle elle met en exergue l’hypothèse de la transmission. Croisant la destiné de trois personnages qui se rencontrent et se retrouvent autour de dorayakis, la réalisatrice signe un véritable poème qui se savoure avec délice.

01 An - Copyright 2015 AN FILM PARTNERS

Gérant d’une petite échoppe, Sentaro est à la recherche d’un commis qui pourrait l’aider. Agée de 70 ans, Tokue sollicite le poste et, à force d’acharnement, parvient à se faire engager. Ses recettes de « an » et de pâte de haricots rouges, qui servent à la confection des pâtisseries traditionnelles, sont un véritables succès. Mais si l’échoppe devient incontournable, le léger handicap de Tokue attise la curiosité de nombreuses personnes…

Composant une ligne narrative à trois voix – outre Sentaro et Tokue, le film met en scène une lycéenne prénommée Wakana – Naomi Kawase nous propose d’en épouser le souffle et le regard. Les enjeux sont ténus et l’histoire, simple et charmante, devient un prétexte à quelque humanité. Un prétexte à quelque humilité aussi. Le Japon que dépeint ici la cinéaste est celui des petites gens dont la réalité se dessine en pointillés. C’est au fil de leurs interactions que les personnages se révèlent, tant les uns aux autres qu’à nous. Leur trait d’union sera le dorayaki, une crêpe fourrée traditionnelle. La nourriture, élément commun et vital, devient un véritable révélateur. La rencontre qui s’opère est celle de plusieurs mondes et de trois générations, qui s’ignorent et se découvrent.

Noami Kawase opte pour un cadre souvent serré, magnifiant les visages et transcedant leur émerveillement, afin de sublimer nos sens lorsqu’elle ouvre le champs visuels. La nature s’impose alors comme irradiante et le vent ou le soleil qui traverse le feuillage des cerisiers semble effleurer notre peau. La mobilité de la caméra offre à l’approche une sensation de fluidité tandis que le montage laisse s’évaporer le temps – toutefois rattapeé par les saisons. Le rythme délicat que la réalisatrice insuffle à l’ensemble nous invitet à nous imprégner de l’atmosphère d’échange mise en place et au-delà à profiter, comme ses personnages peuvent le faire, des plaisirs simples dans le respect des éléments. Car l’hypothèse-même de la transmission n’est pas tant générationnelle mais universelle. Le secret des recettes de Tokue ne réside-t-il pas là ?

AN – LES DELICES DE TOKYO
♥♥
Réalisation : Naomi Kawase
Japon / France – 2015 – 113 min
Distribution : Cinéart
Fable / Drame

Cannes 2015 – Sélection Officielle – Un Certain Regard (Film d’ouverture)

An - les délices de tokyo - affiche

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