An Education

On 23/02/2010 by Nicolas Gilson

Une rencontre et quelques notes de musique ouvrent AN EDUCATION. La rencontre est un tendre déclencheur qui fait fondre le cœur de la protagoniste principale, Jenny, tout en lui faisant bouillir le sang. La musique quant à elle invite au voyage, au fantasme, à l’idéal, à la liberté mais aussi à l’amour. Nulle gratuité de l’enrobage musical, nul conditionnement vain : une chanson en français interprétée par Juliette Gréco témoigne du transport de la protagoniste. La musique passe de l’extra à l’intradiégétique : l’exacerbation de la rencontre amoureuse fait place à la pensée même de la jeune adolescente anglaise. Un passage quelque peu appuyé mais dont la mise en scène visuelle – pochettes de disque, pick-up en mouvement – confère à la jeune fille de 16 ans une identité particulière : Jenny est une douce érudite pour qui la culture française d’alors est un idéal. Pas n’importe quelle culture : celle de l’indépendance féminine qui s’esquisse dans le Paris de Saint-Germain des Prés de l’époque.

Une terrible dualité s’esquisse dès lors ; celle qui oppose la passion à la raison. Aucun manichéisme cependant dans l’esprit de la jeune fille qui espère pouvoir vivre ses passions afin de s’accomplir en tant que femme. Une pensée sans doute bien libertaire face à la rigidité de la logique morale de l’époque. Le titre AN EDUCATION se révèle pluriel : les sentiments amoureux, la familles, la scolarité, la société aussi et surtout sont les cellules permettant à Jenny de découvrir la vie. Lone Scherfig propose au spectateur d’appréhender singulièrement une situation complexe au sein de laquelle l’individu est prépondérant. Une situation témoignant de la position de la femme dans la société anglaise au début des années soixante. Aussi en fondant le spectateur à sa protagoniste principale, la réalisatrice le conduit non seulement à en ressentir l’émoi amoureux mais à en découvrir le désarroi quant à sa position de femme.

D’emblée la réalisatrice met en place une dynamique de point de vue qu’elle respecte d’un bout à l’autre du film : le regard du spectateur se fond dès lors à celui de Jenny. Certes Lone Scherfig n’opte pas pour une radicalité esthétique, telle la pleine subjectivité, mais le savoir relatif du spectateur est celui de la protagoniste même. Lorsque le spectateur découvre Jenny dans sa chambre en train d’écouter Juliette Gréco, tout en ressentant l’émoi – un émoi exacerbé par les paroles de la chanson – qui l’habite, il en découvre les gestes. En privilégiant la captation de ceux-ci, la réalisatrice leur confère fragilité, sensibilité et réalisme. L’emploi musical ancre plus avant la complicité avec le spectateur car le passage à l’intradiégétique confirme l’hypothèse selon laquelle la chanson est née dans l’esprit même de la jeune fille. Une complicité essentielle.

Le scénario de Nick Hornby – une adaptation du livre éponyme de Lynn Barber – est brillamment construit. Les différents protagonistes sont finement caractérisés tandis que la mise en place de différentes cellules sociales et sociétales est pertinente. Aux parents de Jenny, à son professeur de littérature, sa directrice d’école, ses condisciples, son amoureux, David, ou encore les amis de ce dernier correspondent des microcosmes particuliers qui sont autant d’école de la vie. Sinon Jenny et David, chaque protagoniste répond à une logique archétypale plein d’intérêt. Ils représentent ainsi, au-delà de leur individualité, une pleine société. La figure féminine est tantôt effacée, fondue à la volonté sociétale, tantôt indépendante. Jenny découvre cette pluralité de possible et à mesure qu’elle développe une histoire avec David se découvre en tant qu’individu et en tant que femme. Elle est transportée par ses sentiments au point de mettre en cause l’intérêt même des études qui lui apparaissaient pourtant jusque là comme le seul garant d’une liberté, d’une existence en tant qu’être.

Une justesse scénaristique habilement rendue au travers de la réalisation mais aussi grâce à une direction d’acteur remarquable. La qualité de jeu de l’ensemble du casting est admirable car elle le garant d’un parfait équilibre entre sensibilité et humour, émotion et légèreté, drame et divertissement. Lone Scherfig fait de AN EDUCATION un tendre témoignage, poignant et perspicace.

AN EDUCATION
***
Réalisation : Lone SCHERFIG
USA / Grande-Bretagne – 2009 – 100 min
Distribution : KFD
Drame / Romance
EA

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