Amour

On 20/10/2012 by Nicolas Gilson

La mort ouvre le film de Michael Haneke tel un couperet en une séquence chargée d’émotion et de mystère. Une femme âgée est allongée sur son lit, habillée d’une robe noire et bordée de fleurs. La rigidité du corps parle d’elle-même. Ce tableau, sublime tant il sous-tend la tragédie, conditionne notre attention. Le titre s’inscrit avec sobriété. AMOUR. De ces cinq lettres, il n’y a rien à dire. Michael Haneke compose avec les sensations. Le film transcende l’émotion et les sentiments au-delà de la situation, à la fois singulière et universelle, qu’il décrit avec sobriété et sensibilité.

D’emblée le réalisateur nous place dans une position d’observateurs et de témoins : nous découvrons les protagonistes du film alors qu’il sont dans une salle de spectacle. Un brillant effet de miroir. Georges (Jean-Louis Trintignant, majestueux) et Anne (Emmanuelle Riva, déchirante), tous deux octogénaires, rentrent ensuite chez eux. Nous pénétrons cet espace de vie avec eux et les découvrons dans leur quotidien. Mais celui-ci est rapidement ébranlé : un matin Anne fait une attaque. Elle subit alors une opération qui tourne mal et elle revient de l’hôpital paralysée du côté droit. Elle fait promettre à Georges qu’elle ne retournera plus en milieu hospitalier. L’amour unit le couple. Cet accident est une cruelle épreuve.

Michael Haneke nous plonge dans un huis-clos tendre et cruel dont l’enjeu final est inéluctable. Il nous fond à la réalité d’un drame quotidien. Des choses dont Georges dit lui-même que « rien de tout cela ne mérite d’être montré ». Le réalisateur n’est jamais voyeur. Il expose les gestes auxquels Georges et Anne ne peuvent échapper. Mais parallèlement à la mise en scène de la dégénérescence physique, c’est l’amour, un concept bien abstrait, qui prend forme.

Complices et témoins du couple, nous plongeons également dans l’esprit de Georges. Et entre le cauchemar, les fantasmes, l’imagination et le délire, la frontière est ténue. Le scénario est sublime. Les dialogues ou la musique sont d’une rare pertinence. A l’importance de l’espace-lieu – qui condense à lui seul la vie du couple –, répond la force des quelques séquences où le couple reçoit, en son sein, des visites – dont celles de leur fille interprétée par une troublante Isabelle Huppert.

A l’habilité première de l’écriture répond une maîtrise esthétique complète et remarquable : Michael Haneke s’impose comme un virtuose ! AMOUR tend à la perfection. Faire le catalogue de la justesse des choix opérés reviendrait à décrire le film plan par plan, coupe après coupe… Ce qui, sans doute, n’aurait pas le moindre intérêt puisque, comme le laisse envisager le réalisateur au sein même du film, l’important que l’on ne se souvient pas du film mais des sentiments provoqués.

Et l’émotion que Michael Haneke provoque en nous est totale.

AMOUR
♥♥♥♥
Réalisation : Michael Haneke
France / Allemagne / Autriche – 2012 – 127 min
Distribution : Cinéart
Drame

Cannes 2012 – Compétition Officielle

Mise en ligne initiale le 20/05/2012

Comments are closed.