Americano

On 13/01/2012 by Nicolas Gilson

Si Mathieu Demy ne peut nier ses origines, fils de Jacques Demy et d’Agnès Varda, il prouve qu’il est celui d’un cinéma dont il fut l’enfant et dont il devient, maintenant, plus encore, l’acteur. AMERICANO est dès lors un film déconcertant. Puisse-t-il paraître inégal, pluriel, inabouti voire artificiel, il est avant tout le regard de son auteur. Un regard plein de sens au point d’en être troublant. Un regard singulier, assassin et amoureux.

Pour son premier long-métrage Mathieu Demy réunit un casting prodigieux et hétéroclite : Chiara Mastroianni, Jean-Pierre Mocky, Géraldine Chaplin, Carlos Bardem et Salma Hayek. Il y met en scène le récit sensible de Martin, un jeune trentenaire qui est ébranlé suite au décès soudain de sa mère. Perdu dans sa relation de couple, il s’envole pour Los Angeles afin de régler les modalités permettant de rapatrier la défunte en France et de l’enterrer selon ses volontés.

Mathieu Demy campe le premier rôle de son propre film. Il redonne vie au personnage de l’enfant auquel il donnait les traits dans DOCUMENTEUR réalisé par sa mère en 1981. Martin, comme lui, a grandi. Et si le protagoniste, au-delà de tout imaginaire, n’est autre que lui, il est avant toute chose un personnage de fiction. Une fiction que Mathieu Demy s’approprie comme une petite mort, comme un éveil à la vie aussi et surtout.

D’entrée de jeu, il est question de filiation : sa compagne (interprétée, et ce n’est pas anodin, par Chiara Mastroianni) veut un enfant, il n’en veut pas. Nous sommes fondus dans leur intimité alors que Martin semble vouloir la fuir. Alors que le désir s’oppose au refus, la mort vient frapper à la porte. Martin bascule alors, au propre comme au figuré. Sa mère (Agnès Varda) n’est plus. Il doit partir aux USA pour ce qu’il envisage n’être que des formalités. Mais il se retrouve confronté à ses fantômes. L’un d’entre eux se dessine comme un flash-back lancinant à travers des extraits de DOCUMENTEUR. La fiction répond à la fiction mais met parallèlement en scène la réalité. Le trouble est alors d’autant plus saisissant.

AMERICANO est construit en tableaux cinématographiquement pluriels qui sont autant de rencontres (avec la mère, une envoutante Lola, un jeune enfant ou encore avec soi-même – n’est-il pas question d’identité ?). Tandis que se dessine une évolution – une révolution ? –, la musique, composée par Georges Delerue pour le film d’Agnès Varda et ici réorchestrée, s’impose comme un réel leitmotiv. Mais Mathieu Demy n’est plus simplement l’acteur de ces tableaux, il est en l’auteur. AMERICANO apparaît comme un deuil nécessaire et salutaire, et nous fait espérer d’autres films.

Americano
♥♥♥
Réalisation : Mathieu Demy
France – 2011 – 105 min
Distribution : Imagine
Drame

FIFF 2011 – Compétition Emile Cantillon

Mathieu Demy l’entrevue

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