Amélie van Elmbt et Alice de Lencquesaing : Entrevue Croisée

On 09/10/2012 by Nicolas Gilson

Venues à Namur pour présenter LA TETE LA PREMIERE en Compétition Emile Cantillon au 27 ème FIFF, Amélie van Elmbt et Alice de Lencquesaing reviennent sur un projet singulier tourné de manière indépendante. Sélectionné à l’ACid à Cannes en mai dernier, LA TETE LA PREMIERE est sorti en Belgique ce 03/10.

Comment vous êtes-vous rencontrées ? – Amélie van Elmbt : En fait c’est David (Murgia) que j’ai rencontré en premier à Liège, au conservatoire. On cherchait une comédienne et c’était difficile parce que j’ai cherché une comédienne parmi celles du conservatoire et elles étaient très déstabilisées par rapport à David qui prend beaucoup d’espace. Du coup, je ne trouvais pas de comédienne. Et puis, sans doute parce que j’avais vu le film de Cavalier « Thérèse » et Alice dans le film « Le père de mes enfants », c’est venu comme ça. Je l’ai contactée. On a fait des essais avec David. Et c’était évident.

Comment avez-vous convaincu les comédiens ? - Alice de Lencquesaing : Amélie m’a appelée et m’a raconté un peu l’histoire. Puis, elle m’a demandé de venir faire des essais à Bruxelles avec David. Ça a plutôt fonctionné. Je suis rentrée à Paris et j’ai un peu sorti ça de ma tête. Puis, elle m’a appelée et m’a dit qu’on commençait le tournage un mois et demi plus tard. C’est assez rare qu’on me propose un rôle directement donc j’étais assez flattée et l’aventure avait l’air bien. Il y avait une telle énergie que j’ai dit oui.

C’est une énergie qui se retrouve dans le film. Il y a quelque chose de presque sauvage et de très naturel à la fois. Le film s’est construit dans la linéarité de la chronologie ? - A.V.E. : Comme le film pour moi c’était nécessaire de le faire à ce moment-là, j’avais beaucoup de choses à dire. Je me suis mise à l’écrire scène par scène. Il y avait cette logique-là et celle de la rencontre avec Alice et David qui ne se connaissaient pas du tout et qui allaient se rencontrer sur le film. On est parti sur une idée de chronologie pour que ce qui se passe dans la fiction se passe aussi dans la « réalité ». Le film suit leur rencontre comme si, dans la vie, ils se rencontraient vraiment. Pour ce qui est de l’énergie du film, comme c’était pour moi une nécessité, ça s’est transmis aux autres. Ça a permis qu’on soit tous soudés et qu’on avance jour par jour.

L’écriture a évolué au fur et à mesure ? - A.V.E. : L’écriture était présente avant le tournage. Parce qu’on n’avait que trois semaines. Au départ, je parlais d’un film très libre et très improvisé, c’est comme ça que je les ai motivés et que je les ai amenés sur le projet. Comme je me suis rendue compte, dès le premier jour, qu’en trois semaines c’était impossible de faire un long métrage si je ne dirigeais pas complètement les choses, j’avais quand même ce scénario vraiment écrit avant le tournage et sur lequel je m’appuyais énormément. Finalement, il y a très peu d’improvisation. Je savais que s’il n’y avait pas quelque chose de solide – donc le scénario – je n’arriverais pas au bout du tournage.

Comment avez-vous appréhendé la direction d’acteurs ? - A.D.L. : C’était assez dirigé. Le scénario est très écrit. C’est très bavard. Les choses viennent aussi d’elles-mêmes. Petit à petit, on s’est apprivoisés les uns, les autres. David est un acteur très doué, mais qui prend beaucoup de place, et qui est capable d’inventer sans arrêt, ce que j’ai du mal à faire. Amélie nous a pas mal canalisés. Le matin, on discutait de la scène avant de la faire et puis on travaillait ensemble à trois. Puis, avec les deux cadreurs, on réfléchissait à une mise en place de la scène.
AVE : On n’avait rien à l’avance. Ça se passait vraiment entre Alice, David et moi le matin pour la première scène à mettre en place. Et puis avec les cadreurs qui étaient à deux caméras.

D’où le découpage du film ? – A.V.E. : C’est très chorégraphié aussi parce qu’on voulait faire des plans séquences parce que je voulais leur laisser la liberté de se trouver dans la scène. Du coup, c’était une évidence que deux caméras leur permettraient d’aller au bout. Il fallait trouver une mise en scène qui avait du sens par rapport à ce qu’ils disaient et par rapport à leurs déplacements. Je ne voulais pas que les cadreurs bougent tant que les acteurs ne bougeaient pas. On était tous très concentrés. Et on a vraiment fait un travail d’équipe sur ça.

Les personnages n’ont pas d’âge. - A.V.E. : On voulait ce truc universel de la rencontre. Ils posent des questions universelles qu’on peut tous se poser donc il ne fallait pas les identifier trop fort.

Il est aussi question de perte d’identité. - A.V.E. : En tout cas, on se débarrasse de l’identification pour aller vers la liberté. Ils découvrent des choses mais, au final, on ne sait pas grand chose sur eux. Tout ce qu’on sait, c’est leur rencontre.

Les protagonistes se retrouvent un moment donné au cœur d’une fête populaire, c’était une vraie fête ? – A.V.E. : Oui, c’est une vraie fête populaire qu’on avait choisie parce qu’elle durait trois jours. Les gens ont été hyper chaleureux et nous ont accueillis. Je savais que ça allait être une mise en scène compliquée avec la bagarre donc on a réparti sur deux jours.

Les figurants sont en fait les vrais gens ? - A.V.E. : Il n’y a pas vraiment de figurants, ce sont les vrais gens. Les « faux » gens qui ont une part active dans la mise en scène, ce sont des gens qu’on a emmenés (David se bagarre en fait avec son meilleur ami). La dame qui tombe, elle est malheureusement tombée dans le film.
A.D.L. : C’est un film un peu sauvage. On était très peu donc on était très discrets. Amélie n’aurait pas pu faire ce film en France. Il y a en Belgique une bienveillance des gens et une certaine naïveté. Quand on était dans cette fête, les gens ne voyaient pas la caméra. Il y a un peu d’alcool dans ce genre de fête… quand il y avait la bagarre une fois sur deux, les gens fonçaient dans le tas et voulaient les arrêter. Ils pensaient que ça se passait vraiment.
A.V.E. : Ce qu’on voulait, c’était laisser une place aux gens. On avait envie que la vie s’immisce dans le film. On avait besoin de ça. C’est pas parce qu’on tournait que la vie devait s’arrêter, au contraire.
A.D.L.:Comme le disait le chef opérateur : « ce n’est pas parce qu’on tourne que la terre s’arrête de tourner ».
A.V.E. : Par exemple, à la friterie, quand on tournait, les gens venaient chercher leurs frites et ils mangeaient à côté. C’était une volonté aussi.

Comment les gens ont réagi ? - A.V.E. : En fait assez bien, la dame de la friterie est venue à l’avant-première à Bruxelles et elle pensait qu’on était des branques et qu’on avait fait n’importe quoi…
A.D.L. : Et je l’ai croisée dans les toilettes et elle ‘ma dit que quand elle nous avait vu débarquer elle pensait que c’était une blague, qu’on allait jamais faire ça et qu’elle ne verrait jamais le film. Et là elle était contente.
A.V.E .: Les gens sont hyper heureux que le film sorte.

Que vous a apporté la sélection à l’aCid ? – A.V.E. : Un distributeur en Belgique. C’est cool. Et puis une certaine reconnaissance, parce que je pense que si on n’avait pas eu l’aCid, personne ne voudrait du film aujourd’hui – ce qui ne vient pas du film mais du parcours que j’ai fait.

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