Critique : Alone in Berlin

On 03/11/2016 by Nicolas Gilson

Adaptation déplorable du roman « Jeder stirbt für sich allein » (Seul à Berlin) de Hans Fallada*, ALONE IN BERLIN est tellement ringard qu’il en devient une farce. Affecté d’un bout à l’autre, le scénario est, plus que grossier, minable tandis que la convention de la langue anglaise est désespérante. L’impersonnalité et la superficialité de l’approche sont telles que, malgré quelques silences miraculeux, l’ensemble paraît être la mise en image par Vincent Perez d’une composition d’Alexandre Desplat – et non l’inverse. Piteux.

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Inspirée à Hans Fallada par un dossier de la Gestapo, l’histoire de Otto et Anna Quantel – en réalité Hampel – met en scène la propagande contestataire du couple qui, à la suite du décès de leur unique fils au front, cherche à inciter leurs compatriotes à se rebeller contre Hitler et le pouvoir Nazi. Après deux vagues introductives témoignant de l’atrocité de la guerre et du nazisme – car, oui, elle tue et l’homme est d’autant plus un loup pour l’homme lorsqu’il est antisémite – Vincent Perez et Achim von Borries nous servent une soupe des plus limpide. Tous les raccourcis sont empruntés rendant les enjeux abordés – pourtant nombreux – caricaturaux lorsqu’ils ne deviennent pas insignifiants tant ils sont noyés dans un sentimentalisme allergène.

Si sur papier nous pouvions nous attendre au pire, nous sommes servis. Pourtant, sans préjuger du talent de Vincent Perez, il semblait bien entouré avec Christophe Beaucarne à la photographie, Jean-Vincent Puzos aux décors ou encore Francois Gédigier au montage. Mais un drame historique prenant place en Allemagne avec un casting international en langue anglaise, ça fait toujours sourciller. Mais de là à pleurer de désolation (ou vomir, c’est selon)…

Excusons le casting qui n’a rien à défendre à part la maîtrise relative de la langue de Shakespeare. L’ensemble sent-il la naphtaline dès que l’on pénètre le Berlin reconstitué que quelque espoir se dessine d’entrée de jeu, lorsque nous sommes perdus dans la forêt avec un jeune soldat bientôt terrassé – une chute prémonitoire. Quoique soignée, la photographie du film lui assure une couleur terne, un effet « sépia » oscillant entre les tonalités grisâtres et brunâtres proprement clichée. Les mouvements paraissent être autant d’effets éculés si bien que malgré son caractère dynamique l’approche visuelle banale. Mais comment donner une âme à un scénario qui n’en a pas ? Les techniciens font bien leur travail. Mais des instruments accordés ne font pas une symphonie, et ce d’autant moins lorsque le chef d’orchestre semble s’être endormi.

Mais qu’importe puisque, au-delà des expressions empruntées de Brendan Gleeson, Emma Thomson et Daniel Brül, la musique d’Alexandre Desplat est là pour asseoir le manque de volume d’une purge élégamment polissée.

*« Jeder stirbt für sich allein », Ed. Aufbau Verlag, 1947 / « Seul à Berlin », Ed. Plon, Trad. Alain Virelle & André Vandevoorde, 1967

ALONE IN BERLIN

Réalisation : Vincent Perez
Allemagne / France / Royaume-Uni – 2016 – 103 min
Distribution : /
Farce

Berlin 2106 – Sélection Officielle – CompétitionAlone in berlin - affiche FR

Jeder stirbt für sich allein / Alone in Berlin

mise en ligne initiale le 15/02/2016

One Response to “Critique : Alone in Berlin”

  • Excellent critique juste, acide et désopilante ! J’ajouterai le ridicule de la traque par la gestapo, filmé comme celle d’un serial killer dans une série américaine – un anachronisme ridicule de plus!

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