Critique : Alleluia

On 11/11/2014 by Nicolas Gilson

Cinéaste belge à l’univers singulier, Fabrice Du Welz signe avec ALLELUIA un nouvel opus sensationnel dans la veine de ses deux premiers long-métrages CALVAIRE et VINYAN. Accordant un soin particulier à la photographie et à l’orchestration sonore, le réalisateur propose un film de genre pulsionnel impressionnant, tout à la fois spectaculaire et subjuguant. Fin directeur d’acteurs, il offre à Lola Dueñas et à Laurent Lucas des rôles extraordinaires et révèle prodigieuse Héléna Noguerra.

« Est-ce que vous êtes la lettre que j’attends depuis si longtemps, Gloria ? »

Adaptation d’un fait divers qui bouleversa les USA entre 1947 et 1949, ALLELUIA propose de revisiter l’histoire de Martha Beck et Raymond Fernandez sous l’angle de l’ardeur de leur passion. Fabrice Du Welz met ainsi en scène le destin des « tueurs de la lune de miel » de leur rencontre à leur basculement vers la folie meurtrière.

Alleluia - Manu Dacosse

Résolument contemporain, le récit prend place alors que Gloria (Lola Dueñas) tente de mettre fin à son célibat. C’est épaulée d’une amie et avec la complicité de sa fille que la femme accepte de rencontrer Michel (Laurent Lucas). Envoutée, comme ensorcelée, Gloria ne peut bientôt plus se passer de lui tant elle est consumée par son désir. Elle s’est donnée à lui et maintenant son dévouement est total. Michel se révèle-t-il être un escroc que Gloria lui propose qu’ils fassent équipe. Elle lui appartient. Sa vie dépend de lui. Il lui doit donc la pareille. Entièrement. Michel a allumé un feu qu’il lui est impossible d’éteindre et l’ardeur de Gloria est sans limite.

« Je travaille, je suis obligé de les baiser. »

L’ouverture du film nous confronte à Gloria qui, avec flegme, nettoie un corps rigide. Très brève la scène se ponctue par un regard caméra à dessein hypnotique. Fabrice Du Welz dessine le quotidien de son héroïne dont le prénom titre et constitue le premier acte du film. De la rencontre avec Michel au basculement vers la déraison, ce premier chapitre est placé sous l’angle de la passion, aussi vive que totale, tandis Gloria s’abandonne à lui. Suivent trois autres mouvements – ou actes – au sein desquels le réalisateur met en scène et développe la folie meurtrière qui anime bientôt le couple. Marguerite, Gabriella et Solange : trois femmes que Michel va séduire et qui vont nourrir la jalousie grandissante de Gloria.

alleluia

Si la passion qui anime Gloria est au centre de l’évolution scénaristique, Fabrice Du Welz dessine avec intelligence le trajet de ses amants – bientôt meurtriers – qu’il ponctue d’ironie et de sarcasme. Hormis quelques pistes narratives qu’il esquisse sans les développer – à l’instar de la magie noire et de rites païens – le scénario est aussi brillant qu’habile. Le cinéaste compose avec acuité une partition narrative au sein de laquelle l’évolution de ses protagonistes est motrice. Parallèlement la caractérisation de chacun des personnages secondaires est d’une rare finesse et source d’un humour délectable et varié. Et alors que passion et pulsion se confondent, que la seule raison devient l’érection d’un amour absolu, comme dans CALVAIRE, Du Welz s’offre une parenthèse musicale tout à la fois surprenante, sensible et tragique, loin d’être anodine.

« Tu peux la baiser, tu peux la tuer. »

D’entrée de jeu, en quelques plans, le son et l’image tiennent de l’envoutement. Tend-il ponctuellement à une esthétisation certaine que Fabrice Du Welz propose une réelle composition cinématographique. La démarche est proprement sensationnelle. La photographie est sublime. Cadrage et lumière participent à un mouvement global tantôt hypnotique tantôt inquiétant qui nourrit proprement le film. Le soin accordé au son est d’autant plus impressionnant qu’il attise ou focalise notre attention sans jamais tendre à la moindre démonstration ni à une une plate et gratuite création d’atmosphère. L’approche esthétique dans son ensemble nourrit et transcende l’hypothèse de la pulsion – les meurtres en sont d’ailleurs d’autant plus saisissants.

Alleluia - Lucas

Aucun élément ne semble laissé au hasard. Les décors – réalistes ou légèrement surannés – et les costumes sont autant d’éléments qui font sens ou composent l’un ou l’autre touche humoristique. Fabrice Du Welz flirte astucieusement avec l’exagération – soupape propre au genre qu’il s’approprie et, dès lors, réinvente.

Enfin le casting, emporté parc Lola Dueñas, est majestueux. Si les prestations de Laurent Lucas et de Héléna Noguerra marqueront les esprits, celles de Anne-Marie Loop, David Murgia ou encore Edith Le Merdy sont prodigieuses.

Alleluia affiche

ALLELUIA
♥♥(♥)
Réalisation : Fabrice du Welz
Belgique / France – 2014 – 100 min
Distribution : O’Brother
Thriller / Drame

Cannes 2014 – Quinzaine des réalisateurs
FIFF 2014 – Compétition Officielle

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