Alceste à bicyclette

On 12/01/2013 by Nicolas Gilson

Reposant sur un scénario maigre et caricatural, et sur une réalisation dépourvue d’intérêt, ALCESTE A BICYCLETTE offre à Fabrice Luchini l’occasion d’interpréter avec brio un rôle à travers lequel il clame l’amour qu’il porte à Molière.

Gauthier Valence (Lambert Wilson), vedette au cachet significatif d’une série télé programmée sur TF1, se rend sur l’Ile de Ré afin de proposer à Serge Tanneur (Fabrice Luchini) un rôle dans « Le Misanthrope » de Molière qu’il va mettre en scène. Cependant, Serge a quitté le métier, las et déprimé, et ne compte pas revenir sur sa décision. Mais les vers en alexandrins ont pour lui une exquise saveur… Se joue-t-il dès lors de Gauthier ou est-il prêt à revenir sur sa décision lorsqu’il propose d’entamer une série de lectures.

« Moi, je veux me fâcher, et ne veux point entendre. »*

Gauthier symbolise à la fois la réussite et les travers qu’offre le succès. La séquence d’ouverture le pose d’ailleurs en archétype grotesque avec un effroyable brushing, un improbable manteau de laine blanc et un insensé foulard bariolé. Il représente sans finesse tout ce que Serge vomit et va s’amuser à tourner en ridicule. Toutefois, rapidement, le trait se gomme et bien que Gauthier demeure l’incarnation de ce que le spectateur perçoit comme une bouffonnerie, son accoutrement perd sa singularité initiale – et sa minuscule valise s’avère être le sac de Mary Poppins.

Les deux protagonistes synthétisent toutefois une série appuyée de contradictions à l’instar des éditions de la pièce de théâtre dont ils se servent (Serge en ayant une ancienne et Gauthier plus que certainement la dernière sortie des impressions poche) ou de la discussion sur le respect ou non de la prononciation des diphtongues afin de respecter les alexandrins. Rapidement l’ensemble des éléments scénaristiques n’apparaissent être qu’une série d’excuses pour alimenter la verve de Luchini fervent défenseur de Molière, amoureux de la langue et de la culture françaises, et ouvertement critique à l’égard du métier qui est le sien.

Afin de chercher à donner du volume à un échange qui ne serait sinon qu’une plate représentation (de plus) de l’acteur, Phlippe Le Guay tente de mettre en place une forme d’intertextualité caduque : et si Serge s’était peu à peu, à force d’isolement et de lassitude, mué en Alceste – le protagoniste de la pièce de Molière. Mais la balourdise ne s’arrête pas là. Une italienne fraîchement séparée qui prépare son déménagement – nécessitant une équipe de déménageurs durant presque une semaine pour au bout de celle-ci commencer à mettre des livres dans des cartons – excite l’attention des deux hommes. La suite, bien que cousue de fil blanc, tend vers une assommante et superficielle complexification en présentant quelques scène(tte)s souvent déplorables.

Serge se rit de Gautier et des séries télévisuelles. Une séquence met en exergue cette moquerie avec la découverte d’un extrait d’un épisode de celle dont Gauthier tient le rôle principal. Cependant à ironiser sur des réalisations bouffonnes, Philippe Le Guay ferait bien de ne pas user d’autant de pédanterie tant son film est nul. Seul cet extrait présente in fine une logique esthétique – encore que la médiocrité de l’ensemble en signe la cohérence. Car à mesure que se développe la pitoyable intrigue de ALCESTE A BICYCLETTE, le réalisateur use d’un découpage dont le seul intérêt est d’offrir au spectateur qui s’ennuie la possibilité de relever les (nombreuses) erreurs de raccord. Un téléfilm de plus.

* « Le Misanthrope », Molière, acte 1 – scène 1

ALCESTE A BICYCLETTE
•/♥
Réalisation : Philippe Le Guay
France – 2012 – 104 min
Distribution : Victory
Comédie

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