Ain’t Them Bodies Saints

On 05/11/2013 by Nicolas Gilson

Avec son second long-métrage, AIN’T THEM BODIES SAINTS, David Lowery s’attaque à une vieille chanson du cinéma américain mettant en scène un couple de bandits. Il propose un film qui, loin des carcans démonstratifs et mercantiles de la production d’outre-Atlantique, n’en est pas moins en tout point atmosphérique.

Bob (Casey Affleck) et Ruth (Rooney Mara) sont amants et vivent au Texas. Hors-la-lois, ils échangent des tirs avec la police dans une fusillade qui conduit à leur arrestation. Bob décide alors d’endosser toute la responsabilité afin que Ruth, enceinte, soit épargnée. Si leur idylle continue sous forme épistolaire, Bob est obsédé par le désir de retrouver Ruth et leur enfant si bien qu’il s’échappe de prison…

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L’approche de David Lowery privilégie les sensations vécues par les protagonistes aux strictes actions. L’écriture semble-t-elle néanmoins vaporeuse qu’elle présente l’intérêt de ne pas se concentrer sur la narration en tant que telle (efficace et cohérente) qui demeure sans cesse en arrière-fond.

S’il revisite de manière singulière le triangle amoureux et donne une place à la réflexion du personnage féminin (car non, la gentille petite maman ne doit pas forcément attendre coûte que coûte le retour du père), le ton est tellement atmosphérique qu’il en devient assommant et qu’aucun élément mis en place ne semble être développé.

C’est que David Lowery aborde cela avec une superficialité toute lancinante et ne porte pas le choix d’explorer pleinement la psychologie de ses personnages. Alors que Ruth apparaît centrale, il met en place un mouvement de va et vient au coeur duquel Bob mais aussi un policier blessé lors de la fusillade prennent place. Il esquisse un triple portrait expressionniste en exacerbant sans cesse le pathos de ses protagonistes dont les visages deviennent le miroir de moult états.

La caractère atmosphérique est aussi et surtout assis par l’approche esthétique au sein de laquelle le temps disparaît proprement. S’il est impossible de situer le film dans une époque donnée, la fluidité du montage est telle que le temps n’existe quelque part qu’à travers la grossesse de Ruth. AIN’T THEM BODIES SAINTS apparaît alors comme un sublime exercice de style au coeur duquel les sons et la musique épousent des images captées et mises en scène avec soin. Trop sans doute.

Et si le réalisateur témoigne d’une prédominance à filmer au plus près ses protagonistes et les réactions qui s’inscrivent sur leurs visages, il arrive alors à une paradoxale mise à distance. Car si son optique est de transcender leur ressenti, elle suscite notre ennui tant l’ensemble semble lisse. Mais malgré cette cruelle impression le film demeure séduisant car, outre une excellente maîtrise technique, David Lowery a su prendre des risques et tendre à une réelle singularité.

Ain't them bodies saints - affiche - poster

AIN’T THEM BODIES SAINTS
LES AMANTS DU TEXAS

Réalisation : David Lowery
USA – 2013 – 97 min
Distribution : A Film
Drame

Cannes 2013 – Semaine de la Critique (Séance Spéciale)
40 Film Fest Gent – Compétition Officielle

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