Afterschool

On 17/06/2009 by Nicolas Gilson

«Robert, étudiant américain dans un prestigieux cours préparatoire de la côte Est, filme par hasard la mort tragique de deux camarades de classe. Leurs vies deviennent le sujet d’un projet audiovisuel conçu par la direction pour accélérer le processus de deuil collectif. Mais ce projet crée une atmosphère de paranoïa et de malaise parmi les étudiants et les enseignants.»

LORSQUE ESTHETIQUE ET FINALITE NARRATIVE SE RENCONTRENT

Avec une parfaite maîtrise du langage cinématographique, Antonio Campos nous confronte à l’hypothèse de la pulsion scopique. Il ancre cela doublement, à la fois directement et de manière médiate. Une succession d’images vidéo ouvre le film. D’emblée cette hypothèse visuelle est posée comme image pulsion. Alors qu’une pluralité des sources d’image s’esquisse, un média singulier semble s’imposer : l’Internet. L’attrait de cette image est rapidement définit comme un besoin. L’élément lui conférant cette valeur est le protagoniste principal du film. Il permet la médiation et par là même la distanciation quant à la réception des séquences vidéos qui ne cesseront de prendre place au sein du récit. Mais déjà une assimilation quant au comportement pulsionnel est mise en place : ces objets du regard sont nôtres.

Toutes ces images vidéos sont mises sur un pied d’égalité : qu’elles soient drôles, personnelles, de torture ou encore pornographiques toutes ont pour particularité de devenir objet entier de notre attention.

Mais cette hypothèse d’image pulsion est proprement épuisée par le réalisateur, tant scénaristiquement qu’esthétiquement. Si le scénario développe pluriellement le rapport à l’image – de l’attrait d’internet à la mise en abyme claire en passant par l’idée même de la révélation au travers de la captation visuelle – les choix esthétiques ne cessent de confronter spectateur à la pluralité de la pulsion scopique. A cette fin, Antonio Campos opère un réel travail de composition des plans. Se reposant le plus souvent sur un cadre large au sein duquel l’action se déroule presque naturellement, il met en place une série de basculements par l’intermédiaire d’une utilisation intelligente et plurielle du gros plan. Le gros plan semble s’imprégner d’une dimension psychologique surprenante. Introduit par un travelling avant ou par une enchaînement en cut, il esquisse le sujet en état de réflexion ou il définit l’objet dont le regard ne peut se détacher. Le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à travailler l’hypothèse sonore dans ce sens. Les gros plans sont alors systématiquement assortis d’une utilisation singulière et particulière du son.

Ainsi, au même titre que le protagoniste, nous sommes littéralement hypnotisé par les images. Un réel basculement narratif s’opère lorsque de passif le protagoniste devient actif : les images objets de regard deviennent celles qu’il captent lui-même. A la fois anodines et dramatiques, elles nous confrontent à la mort. L’hypothèse de pétrification photographique s’esquisse alors, paradoxalement, tandis que l’hypothèse même du deuil s’ancre au travers de la captation vidéo. Aussi c’est avec à la fois de la curiosité et de l’émoi que nous découvrons la mise à nu qui s’en suit. Ainsi Antonio Campos épuise complètement la notion même d’image pulsion. L’absence complète de son extradiégétique sera alors soulignée au sein même du récit, actant d’une autre forme de mise en abyme parallèle à la principale. Cette absence d’addition sonore et musicale confère dès lors à «l’image» un statut particulier.

Mais cette approche esthétique n’est pas une fin en soi. Elle permet au réalisateur de confronter le spectateur à un protagoniste en perdition tout en le confrontant à l’objet même de cette perte de repère. Comment dès lors ne pas sortir de la vision de ce film interrogatif sur le monde, sur le comportement d’une pleine société ? Comment enfin ne pas nous remettre nous-même en question ?

Ce questionnement est d’ailleurs rendu inévitable par le basculement visuel final. Afterschool est un film saisissant, à la fois hypnotique et porteur de sens.

AFTERSCHOOL
****
Réalisation : Antonio CAMPOS
USA – 2007 – 107 min
Distribution : Beeck Turtle
Drame
Enfants admis

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