A Perdre la Passion

On 22/05/2012 by Nicolas Gilson

Puisque la pluie et la fatigue ont raison de nous, cette journée n’est guère passionnante. La grisaille s’impose sur Cannes qui ressemble, jour après jour, de plus en plus, à la côte belge. Entre les déchirants adieux d’Alain Resnais au cinéma avec un film qui apparaît être un testament – ne dormir que trois heures rend très émotif qu’importe que le réalisateur annonce déjà travailler à un nouveau projet – et la farce mise en scène par Abbas Kiarostami (qui pourrait se résumer par « comment ne rien mettre en scène avec dextérité »), notre attention est mise à rude épreuve. Aussi lorsqu’une invitation pour la projection officielle en Séance de Minuit du film de Takashi Miike se présente, elle devient l’excuse idéale pour se reposer avant une nouvelle découverte des nuits cannoises. Au programme, la fête du cinéma belge francophone et AI TO MAKOTO (For Love’s Sake) !

Pour ce qui est de la fête une réserve est de mise puisqu’elle est censée se dérouler sur la terrasse d’un hôtel. Après tout le toit de la Salle du 60ème s’est bien décroché et le feu d’artifice pour célébrer cette édition a été annulé – Bob Singlair ne fut donc pas aux platines ! Mais en début de soirée la pluie semble s’effacer…

Direction l’hôtel Radisson. David Lambert et une partie de l’équipe de production de HORS LES MURS y pénètre en même temps que nous. Echanges de civilité à l’entrée sécurisée et évocation de l’accueil chaleureux qui a été réservé, la veille, au film. Il s’agit maintenant d’esquiver la photo souvenir devant le panneau de sponsors-organisateurs et de filer dans l’ascenseur direction le septième étage, sa terrasse et son bassin aquatique. D’emblée nous nous retrouvons face à Joachim Lafosse dont A PERDRE LA RAISON est projeté au Certain Regard ce mardi. A quelques pas, large sourire aux lèvres et mine rayonnante, l’actrice du film : Emilie Dequenne. Tout le petit monde du cinéma belge comble peu à peu l’espace jusqu’à saturation. Tahar Rahim est là lui aussi. Comme Vincent Patar, Stéphane Aubier, Thomas Doret (le gamin au vélo des frères Dardenne), Gustave Kervern (dont sa co-réalisation LE GRAND SOIR est également projetée ce 22/05), Christelle Cornil, Guillaume Gouix ou encore David Murgia (à l’affiche de LA TETE LA PREMIERE présenté à l’ACID mercredi)… Ca papote, ça festoie gentiment. Mais montée des marches oblige, nous quittons les lieu avant que le DJ ne se mette aux platines.

Petit pas de course jusqu’au Grand Théâtre Lumière pour la Séance de Minuit. Il s’agit de monter les marches devant quelques rares photographes tous asiatiques. AI TO MAKOTO de Takashi Miike ne semble pas très glamour. Après tout qui connait ce réalisateur prolifique qui livre deux films par an ? Soit. Nous montons les marches. Nous pénétrons dans une salle amusante au regard puisque les smokings et les robes de soirée y côtoient de vulgaire « tenues correctes ». Mais l’étrangeté arrive avec l’ouverture du film qui suit une standing-ovation à l’entrée du réalisateur dans la salle aux côtés de Thierry Frémaux. AI TO MAKOTO est tout à la fois un film de genre et une comédie musicale, le tout selon une approche très série B. Miike semble s’y donner à coeur joie et le début du fil est flamboyant ! D’une kitcherie improbable, les morceaux chantés sont drôlissimes tant le ridicule est assumé. Mais bien que l’action soit au rendez-vous, le film est bavard et tire en longueur… au point, à cette heure tardive, d’être assommant. Pourtant la salle réagit de manière stupéfiante si bien que l’impression qui en ressort est de se retrouver au Festival du Film Fantastique de Bruxelles. Le public applaudit, réagit, s’emballe… et même si l’engouement diminue au fur et à mesure que l’intrigue se déploie, c’est étonnant ou plutôt détonnant de découvrir, ici, ce type de réactions ! Le Festival de Cannes se révèle sous un angle neuf !

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