Critique : A Most Violent Year

On 04/02/2015 by Nicolas Gilson

En nous plongeant dans l’atmosphère de New-York à l’aube des années 1980, J.C. Chandor met en scène un thriller psychologique suave au titre obnubilant : A MOST VIOLENT YEAR. La violence suggérée nous tient en alerte d’un bout à l’autre d’un récit simple en apparence dont la complexité se déploie au fur et à mesure que le réalisateur nous charme avec la sophistication de son esthétique. Dans le pays où les rêves deviennent réalité, il s’intéresse au destin d’un immigré qui fait carrière dans le pétrole et qui doit mener un combat sur plusieurs fronts afin de défendre une position durement gagnée. Au-delà, il esquisse le portrait d’une société sur le déclin rongée par une violence insidieuse et plurielle, la nôtre.

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Abel Morales (convaincant Oscar Isaac) est un exploitant de pétrole dont la société est en pleine expansion. L’ancien chauffeur de camion citerne incarne l’American Dream : parti de rien, il a fait fortune en épousant la fille du patron et en pouvant se targuer de ne pas être mafieux. Dans un climat d’insécurité où ses camions sont trop régulièrement attaqués et volés, il signe un contrat lui permettant presque d’asseoir une position de monopole. Investissant toutes ses économies, il a 30 jours pour signer le prêt nécessaire à sa concrétisation. Dans le cas contraire, il est ruiné. C’est alors qu’un procureur zélé décide de le poursuivre pour fraude. Si son épouse Anna (sublime Jessica Chastain) lui assure que les comptes sont réguliers, Abel craint que son banquier ne le lâche…

Dans l’hiver de 1981, Abel Morales est un homme ambitieux à qui rien ne semble résister. Elégant et sportif, il témoigne d’une assurance un peu trop fanfaronne. Ni sa voiture ni sa somptueuse nouvelle villa ne laissent deviner le parcours qui est le sien. Il affiche son train de vie sans dédain dans une certaine banalité. Après tout, ne l’a-t-il pas construit ?

La soif de pouvoir – de toujours plus de pouvoir – le place dans une position délicate : son ambition le conduit à être un stratège très gourmand tandis que sa réussite et son ascension suscitent jalousies (de ses concurrents) et interrogations (de la Justice). Est-il accusé de corruption qu’il prend conscience de celle qui régit les règles d’un milieu dont il ne veut pas perdre la maîtrise. De la violence annoncée par le titre, J. C. Chandor met en scène plus les conséquences que les affres. Les agressions des chauffeurs sont évoquées ou découvertes à petit feu, par étape, sans jamais tendre à la moindre démesure. Une approche qui devient fascinante tant nous percevons une épée de Damoclès suspendue dans le ciel où se perdent les grattes-ciels et prête à tomber à tout moment.

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Car ce que le titre dessine, c’est aussi et avant tout le hors-champs : cette violence invisible, sans doute indicible, qui a défini une époque et posé les rails d’une société dominée par l’imagerie (monstrative) du pouvoir – Abel et Anna n’emménagent-ils pas dans une villa à l’architecture trop flamboyante ? La violence est dans le sous-texte, le contexte et donc fatalement les non-dits et les mensonges. Ils sont ici nombreux et à toutes les échelles. Et la véritable violence provient in fine de la démarche impressionniste du réalisateur qui saisit l’énergie d’une ville qu’il observe aussi, ponctuellement, à distance.

Chaque détail est pensé avec soin si bien que les costumes et les espaces de vie nourrissent tout à la fois la caractérisation des personnages et la complexification de l’intrigue. La blancheur du manteau d’Anna s’oppose ainsi à l’ouverture de ses décolleté tandis qu’elle peut se réfugier derrière ses immenses lunettes. Il faut se méfier de l’eau qui dort et J. C. Chandor semble en faire un adage. Le sublime de son approche devient peu à peu plus angoissant. La majestueuse photographie, le délicat travail sur le son ou encore l’emploi de la musique offrent au film un caractère organique et pulsionnel.

Le réalisateur parvient à nous fondre au ressenti d’Abel Morales tout en nous invitant à découvrir la force qui caractérise son épouse dont l’assurance s’impose – et en impose – jusqu’au bout de ses ongles ou de la gomme de son crayon. Emportés par le stress qui devient le guide du protagoniste, nous épousons son regard face aux tromperies et à la perte d’idéaux qui dépassent tout individualisme. Nous épousons enfin sa respiration lorsqu’il s’efface devant le panoramique New-York qui le surplombe.

A Most Violent Year affiche poster

A MOST VIOLENT YEAR
♥♥
Réalisation : J. C. Chandor
USA – 2014 – 125 min
Distribution : Lumière
Drame / Thriller

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