A Moi Seule

On 10/02/2012 by Nicolas Gilson

A la fois envoûtant et terrifiant, A MOI SEULE est un film sublime où se révèle comme prodigieuse la jeune Agathe Bonitzer. Sur base d’un scénario brillant, Frédéric Videau fantasme le désarroi d’une jeune fille qui regagne la liberté après avoir été enlevée une dizaine d’années plus tôt. Un fiction mise en scène de manière intelligente en favorisant le ressenti et en en exacerbant la communication.

Le scénario d’A MOI SEULE est admirable. Il privilégie un point de vue unique, celui de la protagoniste principale, Gaëlle (Agathe Bonitzer). Celle-ci, depuis son enlèvement, a vécu cloîtrée dans la cave d’une maison isolée et n’a eu d’interactions qu’avec son bourreau. Pour nous mener à ce point de vue, le film s’ouvre sur une séquence pertinente – un coup de poing – lors de laquelle Gaëlle retrouve la liberté. Un chemin complexe que Frédéric Videau envisage de manière brillante.

Le trouble qui s’impose à la découverte du film est pluriel. Il tient premièrement à la sensation de pénétrer l’esprit de Gaëlle tout en sachant l’impossibilité de le faire. Le réalisateur/scénariste envisage avec sagacité la singularité d’un état que personne sauf la victime-même ne peut ressentir. A MOI SEULE oscille d’emblée entre la communion d’esprit et la plus stricte distanciation. La construction du scénario et l’acuité du montage vont en ce sens, la logique est dictée par la protagoniste principale sans pourvoir la saisir. Un effet judicieux puisqu’elle est en pleine (re)construction.

Le trouble vient également du regard porté sur Gaëlle par ses parents. S’il est indéniable que la jeune fille est pensée par a mère comme un plein individu, elle n’en reste pas moi un objet. Un objet synthétisant bien des désirs, un objet convoité que l’on a cru perdu. Elle est le bonheur et le malheur de ses parents. La confusion qui prend place a un nom : l’amour. L’enfant a disparu pour faire place, à son retour, à un réel désarroi. Une complète agitation qui n’épargne personne. Si Noémie Lvovsky est admirable dans le rôle de la mère, Jacques Bonnaffé, en une seule séquence, est un père bouleversant. Les personnages composés par Frédéric Videau sont superbes tant ils sont justes.

Vient alors un troisième trouble, celui engendré par la compassion à l’égard du bourreau. Reda Kateb incarne avec brio Vincent que l’on craint et redoute mais qui s’impose comme touchant. Un trouble qui nous permet d’envisager celui qui habite Gaëlle…

Servi par une superbe photographie, A MOI SEULE joue également la carte de la perturbation dans sa composition musicale. Celle-ci ouvre le film et le ponctue selon une logique singulière. Il n’est jamais question de renfort musical ou d’enrobage. La musique devient sensation sans pour autant être en stricte adéquation avec la ligne narrative, ce qui engendre un climat spécifique et guide – stimule – notre réception.

A MOI SEULE
♥♥♥(♥)
Réalisation : Frédéric Videau
France – 2012 – 91 min
Drame
Berlinale 2012 – Sélection Officielle en Compétition

A Moi Seule

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