Critique : A Lullaby to the Sorrowful Mystery

On 18/02/2016 by Nicolas Gilson

Loué comme un chef-d’euvre par ceux qui ont résisté à sa durée (482 minutes), A LULLABY TO THE SORROWFUL MYSTERY porte admirablement bien son titre (international) – « une berceuse au mystère douloureux » – ou pas. Car s’il est certain que l’objet-même du film demeurera pour nous un secret, nous avons mis fin à la douleur assez rapidement. La sinuosité d’un récit non encore ancré après plus de deux heures, l’atrocité du son qui semble ne pas avoir été mixé et le jeu épouventable des comédiens ont eu raison de notre patiente et annihilé toute excitation. Pitié !

Hele Sa Hiwagang Hapis 01 A Lullaby to the Sorrowful Mystery - Lav Diaz © Bradley Liew

Un film fleuve ne suppose pas forcément un scénario sempiternel. C’est pourtant ici bel et bien le cas, le réalisateur privilégiant la narration. Le sujet auquel il s’attaque est périlleux car il se veut être la rencontre entre « l’histoire, la littérature et la mythologie ». Un programme qui se déploie au fil de la mise en place lancinante de récits entrecroisés, ponctués de morceaux musicaux guitare à la main, qui peinent à démarrer. Sommes-nous précipités à la fin du 19 ème Siècle, plongés en pleine révolution philippine, que nous prenons plus que jamais conscience que nous sommes face à un écran de cinéma.

Les personnages défilent, les intrigues se dessinent et s’évaporent tandis que le nom d’Andres Bonifacio se répète. Le seul continuum apparent est sonore. Le réalisateur déploie-t-il un séquentialité qu’il semble composer des tableaux nourris ou façonnés de quelques mouvements. La photographie nous hypnotise-t-elle que l’on sent bien que c’est à défaut de pouvoir se rattacher à autre chose que l’image, l’ensemble des comédiens jouant comme des patates – l’interprétation est désarticulée, récitative et affectée. Certes nous sursautons non pas à cause de quelque rebondissement – même s’il y en a – mais parce que pénètre le champs, en beuglant, l’un ou l’autre personnage – ou figurant ayant pour fonction de crier.

Lorsque le dialogue s’établit en anglais et que l’opium se fume avec la passion d’un parent fatigué qui joue à la dinette, nous n’avons d’autre choix que de laisser le fleuve couler sans nous, faisant le pari que le film sera taxé de chef-d’oeuvre sans jamais pouvoir juger du degré d’autocongratulation de ceux qui sont parvenus jusqu’au bout ou de la véracité de leur impression. Nous ne pouvons argumenter que sur un quart de l’objet qui n’a pour nous convaincre que la brume d’une scène à défaut de son caractère brumeux. Ce qui est peu.

HELE SA HIWAGANG HAPIS
A Lullaby to the Sorrowful Mystery

Réalisation : Lav Diaz
Philippines / Singapour – 2016 – 482 min
Distribution : /
Berceuse

Berlin 2016 – Sélection Officielle – Compétition

Hele Sa Hiwagang Hapis © Bradley Liew

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