Critique : A la vie

On 23/11/2014 by Nicolas Gilson

Né de deux parents juifs qui ont survécu à Auschwitz, Jean-Jacques Zilbermann livre au travers de la fiction un film témoignage sur la vie d’après les camps. Il y met en scène le récit de sa propre mère au regard de ses retrouvailles avec deux amies rencontrées en déportation. Nous plongeant dans les années 1960, il propose comme le titre le suggère une ode « à la vie » qui, faute de distance, est des plus affectée. Lehaïm !

« Il est temps que les femmes cessent d’être les grandes oubliées du judaïsme »

Lorsque Hélène (Julie Depardieu) et Lili (Johanna Ter Steege) évacuent Auschwitz et entreprennent « la marche de la mort », elles sont contraintes d’abandonner derrière elles Rose (Suzanne Clément). Les jeune femmes s’égarent. Hélène retrouve l’appartement familial à Paris préservé grâce aux scellés qui y ont figé le temps. Silencieuse, elle devient sympathisante du parti communiste et épouse bientôt Henri (Hippolyte Girardot), son amour de jeunesse lui-même survivant des camps. Persistant à renouer contact avec Lili, Hélène y parvient en 1962. Elles se donnent rendez-vous à Berk-Plage où elles ont prévu de passer quelques jours ensemble. Lorsque Lili arrive, la surprise est de taille : elle est accompagné de Rose.

A la Vie - Berck-Plage

Le scénario repose sur trois mouvements qui permettent d’appréhender Hélène et son histoire. Le film s’ouvre sur l’évacuation d’Auschwitz et l’esquisse de l’amitié qui anime trois femmes bientôt séparées. Jean-Jacques Zilbermann évoque le camps sans le raconter. Il montre l’agitation et le chaos qui conduisent à la marche de la mort où s’engouffrent Hélène et Lili. Le deuxième mouvement, ponctué d’ellipses, propose de suivre la jeune femme lors de son retour à Paris. Il balaye une certaine période de reconstruction – personnelle et sociétale – où Hélène se marie. L’approche est on ne peut plus artificelle, classique et empruntée – presque scolaire.

Le film ne démarre vraiment qu’en 1962, à Berck-Plage, là où se retrouve Hélène, Rose et Lili. L’écriture est-elle tout autant affectée que Jean-Jacques Zilbermann y esquisse une parfaite radiographie comportementale de « la vie d’après ». L’humour fait mouche, la caractérisation des principales protagonistes fait sens. Les femmes ont un tempérament bien trempé. Lili et Hélène sont ouvertes au dialogue et enfin peuvent-elles évoquer l’indicible. Rose, au contraire, impose le silence. Elle refuse de parler d’Auschwitz ou qu’on l’évoque en sa présence. La parenthèse qu’elles ouvrent est nécessairement libératoire. S’agit-il de complexifier le récit par un volet sentimental qu’il permet d’introduire un témoin nécessaire à la discussion tout en ancrant aussi un dialogue féministe – certes timide – sur la liberté et le plaisir. Un dialogue non-abouti, à peine ouvert, où le réalisateur évoque à demi-mots l’homosexualité féminine.

A la vie

Se rattachant à l’anecdotique, Jean-Jacques Zilbermann donne un sens à de multiples détails sur lesquels il appuies sans doute trop son attention. Il croque le caractère de ses personnages sans parvenir à la distance nécessaire et à les faire vivre au-delà de leurs doubles réels. Il s’enferme et s’enlise dans la représentation, entendue et dès lors attendue – le manque de distance engendrant une indépassable distanciation. Plus encore il ne cesse de revenir sur des éléments déjà mis en place, vus et évoqués – que nous avons intégrés et dont la répétition agace.

Offrant au film trois couleurs selon les périodes, le réalisateur assoit le caractère artificiel de l’écriture au fil de sa mise en scène. Les deux premiers mouvements paraissent âprement convenus et deviennent le gage de son manque de distance tant il semble obligé d’assoir autant d’éléments qui sont évoqués ensuite. Les années 1962 prennent vie avec une coloration surannée qui fait écho à l’évocation, au souvenir. Les décors deviennent un petit théâtre savoureux où d’admirables actrices sont les instruments d’une partition qui manque de naturel ponctuée de quelques envolées sensibles répondant à de cruelles fausses notes.

A la vie, Affiche

A LA VIE

Réalisation : Jean-Jacques Zilbermann
France – 2014 – 104 min
Distribution : Athena Films
Comédie Dramatique

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