Critique : A Girl At My Door

On 31/10/2014 by Nicolas Gilson

Premier long-métrage de la réalisatrice Sud-Coréenne July Jung, A GIRL AT MY DOOR aborde plusieurs sujets de société interpellants et se révèle peu à peu inquiétant. Bien qu’inégal le film présente de nombreux attouts dont la fascination de l’héroïne pour une autre protagoniste qui devient, pour nous, presque hypnotisante.

A Girl At My Door

Young-nam (Bae Doona) vient d’être mutée à la tête du poste de police d’une bourgade isolée. Si le blame est évident, les raisons de la saction sont tues. Femme policière, la citadine est d’emblée intriguée par Do-Hee (Kim Sae-ron), une jeune fille qu’elle croise au bord de la route et à laquelle elle vient bientôt en aide, son beau-père – comme ses condisciples d’école – levant la main sur elle.

D’abord construit selon l’unicité du point de vue de Young-nam, le scénario s’ouvre sur l’hypothèse multiple de la rencontre – tant celle de l’espace, des ses règles que de Do-Hee. Cependant en plus d’épouser le regard de la policière, nous la découvrons à travers son attitude et une certaine ritualité. Stricte et pointilleuse dans son travail, elle a la main très légère sur la boisson. Un état de fait qu’elle masque afin de garder bonne figure.

La réalisatrice jongle plus ou moins élégamment avec cette double dynamique de regard dans la mise en place de la narration jusqu’à un basculement aussi angoissant que captivant. Alors que la centralité jusqu’alors totale de Young-nam vole en éclat, July Jung s’intéresse plus avant au personnage de Do-Hee et offre ainsi un autre regard sur sa personnalité contraignant le spectateur à mettre en perspective bien des certitudes. Des certitudes que semble toujours partager Young-nam…

Au travers de la rencontre entre la femme et l’adolescente, July Jung appréhende sans doute trop de thématiques tant elle en n’en développe certaines que superficiellement à l’instar de l’alcoolisme (dont elle offre toutefois plusieurs visages) ou d’une homophobie latente. S’il quelques références peuvent paraître incompréhensibles, elle ancre son récit dans la réalité sud-coréenne – tant rurale que citadine – où l’homosexualité demeure un tabou et est bien moins acceptable que la violence ou l’exploitation des clandestins.

L’approche esthétique est tout à la fois riche (notamment les valeurs de plan dans les champs/contre-champs) et empruntée, juste et artificielle. July Jung parvient à rendre intrigantes ses protagnistes d’entrée de jeu – la silhoutte de Do-Hee ou son attitude effacée renvoyant au cinéma de genre – et à transcender l’émoi de son héroïne principale. Certes, l’emploi (parcimonieux) de la musique est le plus souvent ronflant. Mais si certains seconds rôles ont un jeu des plus affectés (répondant peut-être par là à des codes qui ne sont pas les nôtres), les deux actrices principales, Bae Doona et Kim Sae-ron, offrent de superbes interprétations tout comme la comédienne interprétant l’horrible grand-mère de Do-Hee et Song Sae-byuk, son beau-père.

Dohee-Ya_July_Jung

A GIRL AT MY DOOR
Dohee-Ya

Réalisation : July Jung
Corée du Sud – 2014 – 119 min
Distribution : /
Drame

Cannes 2014 – Un Certain Regard

A girl at my door

mise en ligne initiale le 19/05/2014

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>