70# Locarno : Orgie de Cinéma(s)

On 07/08/2017 by Victor Teta

Pour tuer le temps qui nous sépare d’un certain film belge, nous nous engouffrons par hasard dans une salle et nous retrouvons face au genre d’horreur que l’on redoute par dessus tout en festival : une adaptation pseudo-intellectuelle d’un récit autobiographique se déroulant sous le Troisième Reich, soit, concrètement, un texte lu par la voix de Windows 95 agrémenté d’un mix hasardeux d’images (films d’archive, photographies et vidéos du jardin de la réalisatrice) toutes aussi laides et insignifiantes les unes que les autres. Cela s’appelle FAREWELL (Cinéastes du présent) et son seul mérite est de nous rappeler que les nazis n’ont pas fini de nous pourrir la vie.

Nous oublions rapidement cette erreur de parcours pour nous plonger dans le nouveau délire d’Hélène Cattet et Bruno Forzani au titre absolument savoureux : LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES (présenté en séance de minuit sur la Piazza Grande). Le duo bruxellois poursuit ici son travail d’appropriation du film de genre italien à la sauce psychédélico-fétichiste : après le giallo (AMER, L’ÉTRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS) ils s’attaquent au western en adaptant le roman noir éponyme de Jean-Pierre Bastid et Jean-Patrick Manchette, réputé impossible à transposer à l’écran. En résulte leur film le plus accessible (car le plus linéaire), et si le choc esthétique et viscéral du précédent n’est pas atteint (effet de surprise en moins, peut-être), la photographie n’en demeure pas moins sublime, l’impressionnant travail de mixage du son permet de ressentir l’espace comme rarement, le montage jouant avec les temporalités insuffle un modèle de rythme et certaines scènes picturalement très puissante resteront gravées dans les esprits (notamment celles, oniriques, avec le fantasme de l’écrivain, ou lorsque la gouvernante se fait dénuder à coup de mitraillette). Un univers d’une singularité folle devant lequel il est impossible de bouder son plaisir.

winter brothers - locarno 2017

Changement de température radical avec le film suivant qui nous fait passer d’une Corse flamboyante au glacial hiver danois : c’est le décor de WINTER BROTHERS, premier film de l’islandais Hlynur Pálmason et choc annoncé de la compétition locarnaise. Nous y suivons le quotidien de deux frères travaillant dans une mine dans des conditions particulièrement rudes ; l’un d’eux, socialement inadapté, crée de nombreux conflits (notamment en vendant de la gnole frelatée). Le film brille par l’aridité radicale de sa mise en scène (beauté sidérante de la photographie 35mm en éclairage naturel qui joue sur le contraste noir/blanc, sécheresse de l’écriture), trouvant quelques respirations lors de rares saillies humoristiques (forcément très noires) et dans quelques échappées absurdes et oniriques. L’humanité dépeinte ici n’est pas très reluisante et nous sommes proches de ce que les Cahiers du Cinéma qualifieraient de « film de salaud », mais le réalisateur déjoue astucieusement les attentes et révèle in fine un personnage particulièrement sensible, dont le comportement est d’avantage guidé par un instinct joueur et enfantin que par une réelle misanthropie. Ce n’est évidemment pas l’expérience cinématographique la plus agréable de l’année, mais la rencontre avec un univers singulier et puissant : la révélation de cette édition.

À peine le temps de reprendre nos esprits (et un expresso) que nous enchaînons sur la production WTF du jour (oui oui, plus que LAISSEZ BRONZER…) : AS BOAS MANEIRAS de Juliana Rojas et Marco Dutra. Nous en savons gré au duo brésilien de varier et enchainer les genres cinématographiques (et au festival de sélectionner en compétition ce type de film) avec une telle décontraction (et manifestement une absence de crainte du ridicule) : ce qui semble démarrer comme un tableau critique de la société auriverde dérive vers la romance lesbienne avant de virer dans l’horreur et la lycanthropie, avec pas mal d’humour et même quelques passages de comédie musicale ! Mais l’ensemble est beaucoup trop cheap – la photographie et surtout l’interprétation sont plus proches de la telenovela que du cinéma – pour réellement remporter l’adhésion. Dommage.

Après cette orgie de cinéma (et de surcroit un immense plat de pâtes au beurre de sauge), difficile de s’enthousiasmer pour DISTANT CONSTELLATION de Shevaun Mizrahi (Cinéastes du présent) qui dresse les portraits de vieux turcs proches de la fin (mentions spéciales à la mamie qui s’endort pendant son passionnant témoignage, et au papy qu’un toc oblige à répéter quatre fois chacune de ses phrases, ce qui donne légèrement envie d’abréger ses souffrance). Malgré quelques passages drolatiques (lorsque que deux protagonistes s’amusent avec l’ascenseur comme des gamins, ou quand l’un d’eux nous narre un texte quelque peu érotique), l’ensemble manque singulièrement d’intérêt, l’image est laide, et cela finit par foutre un monstre cafard. Petite anecdote : un spectateur a perdu connaissance pendant la projection. Nous guetterons les nouvelles du lendemain pour savoir s’il est effectivement mort d’ennui.

VERÃO DANADO (Cinéastes du présent) partait avec le double handicap d’être le sixième film de la journée et de passer après la proposition plombante susmentionnée. Auxquels s’en ajoute rapidement un troisième : la totale vacuité de son propos. Le film suit le quotidien de vingtenaires issus de la classe moyenne portugaise qui sortent, échangent des banalités en buvant du vin, dansent et couchent, et s’avère aussi palpitant qu’un épisode de Chasse et pêche. De plus, le personnage principal est absolument détestable. Tenu 1h15 (sur 2h10) en ayant rien vu, rien appris sur cette jeunesse lusitanienne aisée ni sur un semblant de contexte. Désagréable. Boa noite.

Locarno 2017 - poster - Côté

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