70# Locarno : Corps Accords

On 06/08/2017 by Victor Teta

Le corps masculin est à l’honneur dans les deux découvertes de cette première soirée. BEACH RATS (Cinéastes du présent), second long-métrage de la réalisatrice américaine Eliza Hittman, est une chronique estivale autour de la « désorientation sexuelle » de Frankie, un jeune new-yorkais tiraillé entre son groupe de potes machos devant lesquels il se targue d’une relation avec une jeune femme, et ses expériences sexuelles avec des hommes plus matures dénichés sur des sites de rencontre. Sincère et bénéficiant d’une interprétation forte de la part de comédiens débutants, BEACH RATS se clôt malheureusement sur une facilité scénaristique aussi attendue que faussement choc, déjà éprouvée dans l’éblouissant THE WOUND de John Trengove. Surtout, nous aurions apprécié qu’il sorte d’avantage des sentiers balisés du récit d’initiation, qu’il cultive une plus forte ambiguïté sur la sexualité de son protagoniste et qu’il parvienne à provoquer un semblant de trouble érotique (alors même que la chair est omniprésente, à l’instar du corps sculptural d’Harris Dickinson et de ceux usés par le temps des webcameurs et amants d’un soir). Pour sa propension à conserver le doute jusqu’au malaise, on préfèrera le superbe BUTTERFLY KISSES découvert en février à la Berlinale, œuvre sensible et extrêmement dure sur la présumée attirance d’un ado pour les très jeunes filles. Nous garderons néanmoins en tête le nom de Eliza Hittman comme un talent à suivre.

ta peau si lisse - côté

Cinéaste reconnu – et habitué de Locarno – que nous suivons avec une certaine excitation depuis plusieurs années, capable du meilleur (CARCASSES, CURLING) comme du pire (BORIS SANS BÉATRICE), Denis Côté revient avec un essai documentaire que l’on pourrait, avec une certaine ironie, rapprocher de son BESTIAIRE (2012). Dans ce dernier, les images captées dans un zoo conféraient par moments aux animaux un comportement humain ; TA PEAU SI LISSE (Compétition), en suivant un groupe de six hommes obsédés par leurs corps (culturistes, entraineur sportif ou force de la nature), prend le chemin inverse et fait ressortir la part bestiale de ses « gladiateurs des temps modernes » ; il faut voir ces scènes d’exhibition où ils bandent leurs muscles, évoquant la présentation de bêtes de concours dans les salons agricoles. Le regard de Côté est heureusement dépourvu de jugement moral (on imagine un tel sujet traité par Ulrich Seidl), mais profondément fétichiste ; en témoigne cette superbe scène dans laquelle un des protagonistes pose pour un cours de dessin pendant que la caméra tourne lentement autour de lui, auscultant patiemment chaque vallon creusé par les muscles saillants et semblant elle-même sculpter le corps. Tendre, parfois drôle, le film donne néanmoins l’impression de rester en surface, nous laissant un peu sur notre faim.

Pour clore cette journée, un passage obligé par la Piazza Grande afin de s’assurer que le choc provoqué par la découverte de GOOD TIME à Cannes n’était pas qu’une illusion de fin de festival due à la fatigue et à l’excès de café. Confirmation donc que le quatrième long-métrage de Ben et Joshua Safdie est incontestablement l’un des grands films de cette année, se retrouvant propulsé à des hauteurs célestes par un final aussi brillant que bouleversant qui nous laisse sur le carreau tandis que la voix rocailleuse d’Iggy Pop résonnera dans nos esprits longtemps après la projection…

Locarno 2017 - poster - Côté

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>