70# Locarno : Bozon de Hyde

On 08/08/2017 by Victor Teta

Un lundi qui débute de fort belle manière avec la projection en compétition de MADAME HYDE du trop rare Serge Bozon (Compétition), variation contemporaine autour de Dr. Jekyll et Mr. Hyde dans laquelle Isabelle Huppert incarne Madame Géquil, une enseignante de physique dans un lycée difficile. Comme le héros du roman de Stevenson, le film présente deux visages : sous ses allures de comédie absurde à l’optimisme un peu naïf se cache une face plus sombre où se mêlent réflexion sur le déterminisme social (mise en exergue lors d’une scène remarquable dans laquelle Huppert explique à ses élèves les interactions entre gêne et environnement) et critique d’un système scolaire qui discrimine le cursus technique. Habile.

A LETTER TO THE PRESIDENT de Roya Sadat (Open Doors) est une sorte de miracle dans le monde du cinéma : un film réalisé en Afghanistan par une femme sans l’aide de fonds étrangers. La réalisation est sans surprise le point faible du film (qui n’est pas non plus exempt de quelques lourdeurs scénaristiques), mais nous sommes en droit de préférer cela aux cartes postales estampillées Visions Sud Est (ou autres productions européennes) auxquelles nous sommes habitués, comme le récent WOLF AND SHEEP (Cannes 2016). Il s’avère par contre tout à fait édifiant dans la vision de la société afghane qu’il expose, déchirée entre progressisme quant à la position de la femme et la justice (soutenu par un néo-gouvernement qui peine à s’imposer) et conservatisme obscurantiste (le véritable pouvoir est conservé par les « anciens » et les talibans).

3.lundi - madame hyde

CHARLESTON (Compétition) est le premier long-métrage du jeune réalisateur roumain Andrei Cretulescu dont les courts très prometteurs ont soulevé de grandes attentes. Le film débute avec le décès brutal de Ioana, renversée par une voiture ; son mari Alexandru sombre alors dans la dépression et la boisson jusqu’à la visite de Sebastian, qui prétend être l’amoureux de sa femme depuis plusieurs mois… Si l’entame suscite l’enthousiasme grâce à quelques séquences enlevées et la promesse d’une comédie bien noire, la suite tourne rapidement à vide en multipliant les situations indigentes et inutiles au récit et finit pas souffrir d’un véritable manque de rythme. Déception donc.

FREEDOM (Compétition) est quand à lui une authentique escroquerie de festival dans laquelle nous suivons en parallèle les destins d’un couple dont la femme a abandonné le mari seul avec leurs deux enfants. La partie masculine n’apporte absolument rien au récit si ce n’est quelques indices sur le dénouement. Celle concernant la femme, à peine plus intéressante bien qu’avare en explication, est ponctuée de scènes de cul dont la seule utilité semble être de choquer le bourgeois. Le film justifie alors son existence dans un flash-back final qui vient dévoiler grossièrement l’origine de la séparation, se voulant probablement politique en incluant la question de l’émigration et des réfugiés – nous n’y verrons personnellement qu’obscénité et opportunisme.

Nous terminons par CHIEN de Samuel Benchetrit (nom qui rappelle à notre mémoire un crush de jeunesse : J’AI TOUJOURS RÊVÉ D’ÊTRE UN GANGSTER) présenté sur la Piazza Grande, soit l’histoire de Jacques Blanchot (Vincent Macaigne) qui se fait virer du domicile familiale par sa femme (Vanessa Paradis) sous prétexte d’une « blanchoïte aigue » (une allergie à lui, donc) et qui finit progressivement par devenir un chien (tout en gardant forme humaine). Si le film peut se targuer des répliques les plus drôles du festival (notamment lorsque dans un refuge le choix de Macaigne se porte sur un chien mort), l’ensemble ne colle ni ne décolle, et pire encore : les scènes d’humiliation sur Jacques, de plus en plus fréquentes et dégradantes, semblent absolument gratuites tant elles ne répondent à aucun enjeu narratif ni volonté de caractériser le personnage.

Un dernier plantage en règle dans une journée qui avait pourtant si bien commencée. Allez, un spritz et au dodo.

Locarno 2017 - poster - Côté

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