66# Berlinale : Palmarès

On 20/02/2016 by Nicolas Gilson

Arrivés à terme de la Berlinale, alors que le Jury dévoile son Palmarès, c’est une pleine fatigue qui s’impose cette année au vu du niveau général de la sélection de cette 66ème édition. Alors que Berlin nous a habitué à un cinéma, souvent engagé si pas militant, qui propose une photographie sociale plurielle, force est de constater que les paillettes l’emportent sur la qualité tant des sujets que de la forme. Une compétition en demi-teinte toutefois parsemée de quelques perles qui sera saluée par un Jury guère inspiré, mais comment lui en vouloir ?

FUOCOAMMARE - Ours d'Or - Golden Bear

Au lendemain d’une ouverture toute hollywoodienne (avec HEIL, CAESAR ! des frères Coen et son « glamourous » casting), la Berlinale nous mettait l’eau à la bouche avec HEDI de Mohamed Ben Attia et excitait nos sens avec BORIS SANS BEATRICE de Denis Côté – le gros absent du Palmarès et pourtant le long-métrage de fiction le plus intéressant de la Compétition. Néanmoins la présentation de MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols nous laissait déjà songeurs. Un divertissement bien mené qui ne raconte néanmoins rien et que ne bouscule en rien les barrières esthétiques. Une faute de goût gommée lorsque FUCOAMMARE de Gianfranco Rosi est dévoilé et nous laisse sans voix, les yeux humides, heureux et bouleversés tout à la fois. Une faute de goût toutefois confirmée par la sélection de L’AVENIR de Mia Hansen-Løve (emporté par les interprétations d’Isabelle Huppert et d’Edith Scob mais plombé par son intérêt tant scénaristique qu’esthétique), de CARTAS DE GUERRA de Ivo M. Ferreira et, surtout, de l’épouvantable téléfilm allemand 24 WOCHEN d’Anne Zohra Berrached. Le week-end se terminera néanmoins sur une note heureuse avec QUAND ON A 17 ANS d’André Téchiné qui nous rend amoureux de ses protagonistes, de Sandrine Kiberlain et de la vie.

Lorsque le film de Danis Tanovic ouvre la semaine avec MORT A SARAJEVO, une lueur d’espoir soulage nos coeurs. Ils seront écorchés quelques heures plus tard devant ALONE IN BERLIN de Vincent Perez (une daube infâme) et CHANG JIANG TU du Chinois Yang Chao. Ni le prédictif SOY NERO de Rafi Pitts ni le superficiel GENIUS de Michael Grandage ne les apaiseront ni ZERO DAYS d’Alex Gibsey ne les apaiseront. Tout décevant est-il, KOLLEKTIVEIT de Thomas Vinterberg sera une respiration tant Trine Dyrholm y excelle. Mais à ce stade de la Compétition, nous savons déjà que cette 66 ème édition est la pire à laquelle nous avons assisté. L’épreuve à laquelle nous confronte Lav Diaz, pourtant l’une des excitations du festival (oui oui 482 min d’un chef d’oeuvre annoncé, c’est excitant) retombe comme un soufflé. Un calvaire dont nous ne pouvons que nous enfuir. Mais le dernier jour de la compétition sera le pire entre un film iranien incompréhensible auquel le réalisateur ne donne aucune direction de lecture, A DRAGON ARRIVES ! de Mani Haghighi, et un film d’une misogynie crasse, la plus grosse déception de cette édition, UNITED STATES OF LOVE de Tomasz Wasilewski. Bref, les perles étaient à glaner ailleurs, au Forum comme au Panorama.

Smrt u Sarajevu - Mort à Sarajevo 02 Danis Tanović © Margo Cinema & SCCA:pro.ba.jpg

Ne pouvions-nous que plaindre Méryl Streep et son Jury que quelques évidences s’imposaient. Alors que jamais nous ne saurons s’ils ont vraiment supporté la longueur de HELE SA HIWAGANG HAPIS (A Lullaby to the Sorrowful Mystery) de Lav Diaz – le Jury l’ayant découvert en séance privée – nous savions qu’ils auraient le bon goût de célébrer sa singularité (qui repose dans la simple durée du film). Autant dire qu’à défaut de donner une nouvelle fois le Prix Bauer du film qui ouvre de nouvelles perspectives à Denis Côté (déjà lauréat du Prix), il n’y avait guère d’autre possibilité que le film philippin. Majd Mastoura dans HEDI et Trine Dyrholm dans KOLLEKTIVET étaient les choix les plus évidents. Dommage pour Sandrine Kiberlain étourdissante dans QUAND ON A 17 ANS – l’autre grand oublié du Palmarès. Si nous ne pouvons que nous étrangler à l’annonce des Ours d’Argent célébrant l’écriture de Tomasz Wasilewski et la direction de Mia Hansen-Løve, récompenser MORT A SARAJEVO de Danis Tanović du Grand Prix remet quelque peu l’église au milieu du village. Enfin, l’annonce de l’Ours d’Or, saluant le génie de Gianfranco Rosi et la magie de FUOCOAMMARE, était une certitude dès lors qu’aucun concurrent ne s’est dessiné dans les jours qui ont suivi sa présentation.

Palmarès Officiel Long-Métrages

  • Ours d’Or du Meilleur Film : FUOCOAMMARE (Fire at Sea), Gianfranco Rosi
  • Ours d’Argent – Grand Prix du Jury : MORT A SARAJEVO, Danis Tanović
  • Ours d’argent – Prix Bauer pour un film qui ouvre de nouvelles perspectives : HELE SA HIWAGANG HAPIS (A Lullaby to the Sorrowful Mystery), Lav Diaz
  • Ours d’Argent du Meilleur Réalisateur : Mia Hansen-Løve pour L’AVENIR
  • Ours d’Argent de la Meilleure Actrice : Trine Dyrholm dans KOLLEKTIVET (The Commune)
  • Ours d’Argent du Meilleur Acteur : Majd Mastoura dans HEDI (Inhebbek Hedi)
  • Ours d’Argent du Meilleur Scénario : Tomasz Wasilewski pour ZJEDNOCZONE STANY MILOSCI (United States of Love)
  • Ours d’Argent de la Contribution Artistique – Photographie : Mark Lee Ping-Bing pour CHANG JIANG TU (Crosscurrent)

Palmarès Officiel Court-Métrages

  • Ours d’Or du Meilleur Court-Métrage : BALADA DE UM BATRAQUIO, Leonor Teles
  • Ours d’Argent – Prix du Jury : A MAN RETURNED, Mahdi Fleifel
  • Film nommé aux European Film Awards : A MAN RETURNED, Mahdi Fleifel
  • Prix Audi : JIN ZHI XIA MAO, Chiang Wei Liang

Kollektivet 01 The Commune - Thomas Vinterberg © Henrik Petit66_Berlinale_Poster_5

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