Critique : 38 Témoins

On 29/02/2012 by Nicolas Gilson

Le Havre, un meurtre est commis : une jeune fille est retrouvée poignardée dans l’entrée de son immeuble. L’agression a d’abord eu lieu dans la rue où son agresseur lui a asséné plusieurs coups de couteau. Il n’y a pas de témoins ou très peu. Personne n’a rien vu de probant. Personne n’a rien entendu.

Lucas Belvaux signe un film sensationnel avec lequel il nous confronte à une situation à la fois complexe et banale qui n’a rien d’anodin et, ce faisant, il nous oblige à nous regarder en face et à penser notre société.

En adaptant au cinéma le roman de Didier Decoin « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? », le réalisateur transcende le fait divers pour en faire une réelle mesure sociétale. S’il est question de jugement, il n’en porte aucun sur les protagonistes et les situations qu’il met en scène : il nous laisse le soin de le faire. Et là se situe la prouesse de son approche car qui sommes-nous pour émettre ce jugement ?

Si le fait divers est le noeud central autour duquel l’ensemble des enjeux se dessinent, ceux-ci prennent place habilement à mesure que la trame narrative se complexifie ou plutôt s’intensifie. Car 38 TEMOINS se compose peu à peu, par vagues successives, à force d’éléments qui se complètent et se répondent.

Un couple de protagonistes est central : Pierre (Yvan Attal) et Louise (Sophie Quinton). Cette dernière est revenue de Chine le lendemain des faits et elle est notre premier regard, notre première approche sensible de la situation. Son fiancé, lui, était au Havre mais il prétend n’être rentré de son travail qu’après les faits… Le désarroi qui habite l’ensemble des voisins du couple est palpable. Un trouble alors mis à plat par une journaliste (Nicole Garcia) qui est confrontée à un mutisme général. Mais 38 TEMOINS doit se découvrir : la force de la narration repose dans le mouvement, tout en sensibilité, que parvient à opérer Lucas Belvaux.

Bien qu’aidé par un riche casting (Yvan Attal et Nicole Garcia en tête), Lucas Belvaux atteste d’une très grand aptitude à la direction d’acteur. Sa mise en scène est également très riche et la photographie participe indéniablement au sentiment de mal être auquel le réalisateur nous confronte : celui de nous projeter au sein même de la réalité relative qu’il met en place selon une multitude de regard ; celui de vivre et de ressentir cette réalité.

Alors peu importe que quelques fois les dialoguent semblent trop théâtraux et que l’orchestration musicale flirte avec l’enrobage : 38 TEMOINS est épatant et déroutant à la fois !

38 TEMOINS
♥♥♥
Réalisation : Lucas BELVAUX
Belgique / France – 2012 – 104 min
Distribution : Cinéart
Drame

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