35 Rhums

On 03/06/2009 by Nicolas Gilson

« Lionel est conducteur de RER. Il élève seul sa fille, Joséphine, depuis qu’elle est toute petite. Aujourd’hui, c’est une jeune femme. Ils vivent côte à côte, un peu à la manière d’un couple, refusant les avances des uns et les soucis des autres. Pour Lionel, seule compte sa fille, et pour Joséphine, son père. Peu à peu, Lionel réalise que le temps a passé, même pour eux. L’heure de se quitter est peut-être venue… »

STIMULATION DU REGARD

Dès l’ouverture de 35 Rhums nous sommes invité à nous fondre à la perception visuelle du protagoniste avant même de le découvrir. Cette logique du ressenti – réel leitmotiv dans la cinématographie de Claire Denis – est développée tout au long de ce film de manière plurielle : premièrement au travers d’une logique subjective, par la mise à nu des gestes et des rituels propres aux différents protagonistes qui prennent vie à l’écran, par la banalité du quotidien, ou encore par leur rapport aux objets.

La narration n’a rapidement que fort peu d’importance, prime la caractérisation des personnages qui se développe selon une logique relationnelle mais aussi psychologique. C’est dans les silences, les failles que nous sommes au plus proche des membres de cette famille. Une famille particulière que nous sommes convié à rencontrer au travers tant de leurs incompréhensions que d’un réel amour ne répondant pas à une logique commune. Cette rencontre est, comme toujours chez la réalisatrice, la rencontre de l’autre. Une altérité à la fois culturelle et sociale mais plus encore une altérité quant à la notion même de famille.

La photographie d’Agnès Godard est l’élément clef permettant aux sensations de primer sur la narration. Deux dynamiques principales se mettent en place : une mobilité de l’objectif suivant les gestes, les regards ou encore l’objet du regard contraste avec une mise en place d’un cadre fixe au sein duquel les protagonistes inscrivent des gestes d’une banalité déroutante. Cela permet à Claire Denis non de raconter une histoire mais de nous confronter à un portrait d’une justesse effarante. La qualité du jeu des différents comédiens est telle que l’illusion documentaire est souvent présente.

Toutefois, en marge de cette idée de portrait, une série de séquences éclate l’idée même de microcosme familial et nous confronte à un jeu proprement récitatif dont l’adresse semble directe. Nous nous retrouvons face à l’exacerbation de l’altérité par la rencontre avec un sujet précis : la dette des pays du Sud.

Les thématiques développées au sein de 35 Rhums sont à la fois nombreuses et intimes : la notion d’alternité n’est en fait qu’un catalyseur. Le deuil qui apparaît dominer se veut par exemple pluriel, à la fois réel et figuré – deuil de la femme, de la mère, du travail, d’une vie, d’une relation… Il permet tantôt de réunir les différents protagonistes tantôt de les désunir. Mais la thématique essentielle se veut amoureuse. Claire Denis insuffle à ses protagonistes une folle notion d’espoir. Tous en sont habité, tous sauf un. Un personnage quelque peu marginal mais qui ne nous laisse aucunement indifférent : sans doute s’agit-il là d’une mise à l’épreuve, d’un électrochoc aussi essentiel qu’interpellant.

Avec 35 Rhums, Claire Denis ouvre notre regard à la découverte de la vie.

35 RHUMS
***
Réalisation : Claire DENIS
France – 2008 – 100 min
Distribution : Cinéart
Enfants Admis

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