Critique : 3 Coeurs

On 15/09/2014 by Nicolas Gilson

Emporté par un casting prodigieux, 3 COEURS est le récit qui découle d’un rendez-vous manqué. Benoît Jacquot entremêle réalisme et romanesque afin de revisiter le mélodrame. Presque organique, son approche est paradoxalement distanciée nous rendant pleinement spectateurs d’un drame aux accents tragiques.

3 Coeurs - Benoït Poelvoorde - Chiara Mastrioanni

« La vie est là, maintenant, pour Marc, dans cette ville de province. C’est une vie normale. »

Hypnotisante, l’ouverture du film nous confronte à deux solitudes. Marc (Benoît Poelvoorde) et Sylvie (Charlotte Gainsbourg) errent dans la ville. L’un est de passage, l’autre en fuite. D’une banalité confondante, cette rencontre s’impose pourtant comme absolue. D’entrée de jeu, Benoît Jacquot attise notre curiosité et insuffle au film une dimension dramatique en recourant à quelques mouvements musicaux. Les visages et les hésitations, les regards et les silences des protagonistes conduisent, au fil d’une déambulation, à une fatalité d’autant plus intrigante qu’elle nous laisse incrédules : Marc et Sylvie se trouvent, simplement, sans raison apparente. Ils se quittent, promettent de se retrouver. Il ne sait rien d’elle. Elle s’apprête à tout quitter pour lui.

Succède à cette mise en place la découverte du cadre de vie de Sylvie, qui trouve refuge chez sa mère (Catherine Deneuve dont le personnage est trop peu exploité) et partage une complicité totale avec sa soeur Sophie (Chiara Mastroianni). Marc, lui, apparaît défini par son travail. Si celui-ci semble gérer sa vie, il régit également son temps si bien que Marc ne parvient pas à temps au rendez-vous. Sylvie s’enfuit loin de France. Le hasard, à nouveau, intervient : Marc rencontre Sophie dans les couloirs de l’administration où il s’est rendu pour raisons professionnelles. Ils se plaisent et, bientôt, s’abandonnent l’un à l’autre.

3 Coeurs - Charlotte Gainsbourg

Benoît Jacquot appréhende le mélodrame avec autant de justesse que de superficialité. S’attardant de manière mécanique sur le ressenti de Sophie et de Sylvie, il esquisse un triple point de vue tout en focalisant notre attention sur Marc. D’ailleurs, lorsqu’un narrateur intervient, celui-ci est au centre de son discours. Le romanesque – d’abord souligné par la musique – s’impose alors de plein pied – la musique et le narrateur se confondant peut-être en une même voix.

À mesure que le temps s’écoule, le réalisateur photographie, sans crainte des ellipses, le quotidien d’un couple au-dessus duquel pend une épée de Damoclès. 3 COEURS devient alors les chroniques d’un amour interdit qui enferme les protagonistes dans leurs silences et leurs mensonges. Ils doivent faire face à leurs pulsions ; être maîtres de leurs illusions. Ils doivent aussi affronter les contraintes qui, en partie, les définissent. Les élans et les ruptures se répondent, l’amour se veut pluriel – irradiant et cruel.

Benoît Jacquot s’intéresse-t-il singulièrement aux engrenages d’une relation dont l’entendement dépasse ses acteurs qu’il nous leurre – voire nous trompe – fuyant de manière presque puérile les enjeux qu’il développe. E effet, justifiant toutefois de la centralité du personnage de Marc, la fin du film déçoit amèrement tant elle apparaît n’être qu’un faux-fuyant – ou un subterfuge (trop) littéraire.

3 coeurs affiche

3 COEURS
♥(♥)
Réalisation : Benoît Jacquot
France / Belgique – 2014 – 106 min
Distribution : Cinéart
Drame / Romance

Venise 2014 – Compétition Officielle

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