29# FIFF : Ode aux femmes

On 11/10/2014 by Nicolas Gilson

La 29 ème édition du Festival International du Film Francophone de Namur s’est clôturée ce vendredi 10/10 par la traditionnelle remise des Bayard lors de laquelle TIMBUKTU d’Abderrahmane Sissako et MOMMY de Xavier Dolan se sont imposés comme les incontournables lauréats, remportant chacun trois récompenses prestigieuses. Au terme de huit jours de célébration du cinéma de la francophonie, ce fut clairement celle des femmes. Héroïnes du quotidien tant pour Dolan que pour Sissako, les figures féminines ont été mises à l’honneur dans de très nombreuses oeuvres au point de dessiner a posteriori le fil rouge de la programmation.

Timbuktu

Sur les 15 films présentés en Compétition Officielle, très nombreux étaient ceux mettant en scène l’éveil à soi de protagonistes féminines à l’instar du touchant TU DORS NICOLE de Stéphane Lafleur (Mention spéciale du Jury). Hors du temps, le film présente le portrait d’une jeune femme entre deux âges, un pied encore dans l’enfance et l’autre dans un monde adulte où elle s’ennuie sérieusement. Si le réalisateur y retrouve la thématique de la relation frère-soeur (UN TERRAIN CONNU), il concentre son attention sur le personnage de Nicole appelée à se découvrir… TOKYO FIANCEE de Stefan Liberski ou encore MELODY de Bernard Bellefroid (Prix du Public fiction et Prix Cinevox) mettaient clairement en scène ce même passage vers l’âge adulte, lorsque la jeune fille devient femme tantôt à travers la rencontre de l’amour et de la sexualité, tantôt à travers celle de la maternité. Avec FELIX ET MEIRA, le québécois Antoine Giroux envisage l’émancipation d’une juive haredim. Malheureuse dans un quotidien où elle se sent oppressée, elle est en quête d’elle-même et de liberté, trouvant en une rencontre de hasard une porte ouverte vers le monde fantasmé de tous les possibles. Une émancipation qui repose toutefois sur une condition : celle de ne jamais pouvoir revenir en arrière. Dans une moindre mesure, LE BEAU MONDE de Julie Lopes Curval met également en scène la destinée d’une femme qui s’épanouit au travers et au-delà d’une histoire d’amour en s’affirmant par le travail au fil d’un parcours artistique.

Bande de Filles hotel

Retrouvant Laurent Lucas et dirigeant pour la première fois Lola Dueñas, Fabrice Du Welz construit un film pulsionnel et charnel au sein duquel la passion qui consume la protagoniste principale ne cesse d’en redessiner la personnalité. Un film de genre hypnotisant où sexualité et folie se confondent. Un contre-point surprenant qui demeure toutefois un étonnant portrait de femme. La prédominance des personnages féminins était telle que très peu de personnages masculins nous ont fait frémir, touché et emporté. Même GERONIMO de Tony Gatlif laissait la part belle aux femmes avec une impressionnante Céline Salette dans le rôle titre. Et c’est un peu sans surprise que Antoine-Olivier Piron remporte le Bayard d’Or du meilleur comédien pour son interprétation de Steve dans MOMMY. Etonnamment  boudées à Cannes, Anne Dorval et Suzanne Clément sont récompensée communément du Bayard d’Or de la meilleure comédienne tandis que MOMMY décroche également le Bayard de la meilleure photographie pour le travail admirable d’André Turpin. Décrochant le Prix du Jury Junior, Abderrahmane Sissako remporte les Bayard d’Or du meilleur scénario et du meilleur film pour TIMBUKTU. Photographie réaliste de la réalité malienne où les djihadistes tentent d’imposer la charia, le film est une réelle ode aux femmes et à leur bravoure – soit-elle silencieuse ou chantée. Sans conteste le grand oublié de cette édition est BANDE DE FILLES de Céline Sciamma, un film sublime au sein duquel la réalisatrice met en scène le portrait d’une jeune fille noire au travers duquel se dessine celui d’une pleine société. S’intéressant à une « invisible », Sciamma rend au cinéma son potentiel révolutionnaire, criant la nécessité d’offrir aux femmes, enfin, leur place dans un monde pour le moins misogyne.

Mommy - Suzanne Clément

La centralisé des femmes parsemait également les autres sections – soient-elles ou non compétitives. Ainsi Virgil Vernier s’y intéresse avec un regard pertinent dans MERCURIALES tout comme Gerlando Infuso dans le superbe LES PECHERESSES où il entremêle trois destinées pour dénoncer, du mythe fondateur à aujourd’hui, une réalité commune d’oppression. Avec METAMORPHOSES, en adaptant les récits d’Ovide, Christophe Honoré ouvre un dialogue sublime entre la mythologie et la société contemporaine. On peut encore citer RESPIRE de Mélanie Laurent, L’ANNEE PROCHAINE de Vania Leturcq, LA PETITE REINE d’Alexis Durand-Brault ou encore LES HERITIERS de Marie-Castille Mention-Schaar.

Outre l’animation de Gerlando Infuso, de nombreux court-métrages ont marqué les esprits et offert la certitude de rencontrer, déjà, les cinéastes de demain  à l’instar de ETE 91 de Nadim Tebet et Karine Wehbe (où se croisent superbement deux regards autour d’une même évocation), TANT QU’IL NOUS RESTE DES FUSILS A POMPE de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, ART d’Adrian Sitaru, PETIT HOMME de Jean-Guillaume Sonnier ou encore L’OURAGAN FUCK YOU TAKARNAK d’Ara Ball.

Les-pecheresses-Gerlando-Infuso

Palmarès complet :

Compétition Officielle

  • Bayard d’Or du Meilleur film : TIMBUKTU d’Abderrahmane Sissako (Mauritanie/France)
  • Prix Spécial du Jury : EXAMEN D’ETAT de Dieudo Hamadi (RDC/France)
  • Bayard du Meilleur comédien : Antoine-Olivier Pilon dans MOMMY de Xavier Dolan (Québec)
  • Bayard d’Or de la Meilleure comédienne : Anne Dorval et Suzanne Clément dans MOMMY de Xavier Dolan (Québec)
  • Bayard d’Or de la Meilleure photographie : André Turpin pour MOMMY de Xavier Dolan (Québec)
  • Bayard d’Or du Meilleur Scénario : Abderrahmane Sissako et Kessen Tall pour TIMBUKTU d’Abderrahmane Sissako (Mauritanie/France)
  • Mention : TU DORS NICOLE de Stéphane Lafleur (Québec)
  • Prix du Jury Junior : TIMBUKTU d’Abderrahmane Sissako (Mauritanie/France)

Compétition Première œuvre de fiction

  • Bayard d’Or de la Meilleure première œuvre : LE CHALLAT DE TUNIS de Kaouther Ben Hania (Tunisie/France)
  • Prix découverte : MERCURIALES de Virgil Vernier (France)
  • Mention : QU’ALLAH BENISSE LA FRANCE d’Abd Al Malik (France)

Compétition Officielle court-métrages

  • Bayard d’Or du Meilleur court-métrage international : TWAAGA de Cédric Ido (Burkina Faso)
  • Prix du Jury (international) : LES PECHERESSES de Gerlando Infuso (Belgique)
  • Mention : L’HOMME AU CHIEN de Kamal Lazraq (Maroc)
  • Prix du Meilleur court-métrage FWB : LA PART DE L’OMBRE d’Olivier Smolders
  • Prix du Jury FWB : SOLO REX de François Bierry
  • Prix d’interprétation FWB : Jean Le Peltier dans LUCHA LIBRE d’Ann Sirot et Raphaël Balboni
  • Prix de la Meilleur photographie FWB : Simon Gillard pour YAAR de Simon Gillard
  • Prix du Meilleur Clip : I LOST MY HOPES (In Paradise) par Mountain Bike (BE) de Milo Gony (FR)

Prix du public

  • Prix du Public long-métrage fiction : MELODY de Bernard Bellefroid (Belgique/ Luxembourg/France)
  • Prix du Public documentaire : FRERE ET SOEUR de Daniel Touati (France)
  • Prix du Public court-métrage : VERTIGES d’Arnaud Dufeys (Belgique)

Prix Off

  • Prix Cinevox : MELODY de Bernard Bellefroid (Belgique / Luxembourg / France)
  • Prix BeTV du long-métrage : BOUBOULE de Bruno Deville (Suisse / Belgique)
  • Prix BeTV du court-métrage : MONSTRE de Delphine Girard (Belgique)
  • Prix Arte : ELENA de Marie Le Floc’h et Gabriel Pinto Monteiro (Belgique)
  • Prix Format court : ART d’Adrian Sitaru (Roumanie)

FIFF 2014

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