Critique : 21 Nuits avec Pattie

On 15/12/2015 by Nicolas Gilson

Sous le regard des frères Larrieu un rendez-vous avec la mort bascule vers la rencontre du désir. Entre comédie et thriller, 21 NUITS AVEC PATTIE flirte avec le fantastique pour témoigner de plus de réalisme. Habilement écrit, mené avec dextérité par le duo de réalisateurs et emporté par un casting de choix, le film séduit par son humanité et sa liberté de ton.

21 nuits avec Pattie - Carré Viard

Au coeur de l’été, Caroline (Isabelle Carré) se rend dans un petit village du Sud de la France afin d’organiser les obsèques de sa mère dont elle n’avait plus de nouvelles. Accueillie par Pattie (Karine Viard), qui lui conte très rapidement ses aventures sexuelles, Caroline découvre un hameau de paradis où les gens semblent bienveillants. Mais tandis que tous les villageois se rendent au premier bal des célébrations du 15 août, la parisienne s’aperçoit que le corps de sa mère a disparu. La police évoque un nécrophage ou, pire, un nécrophile…

« Il a une belle bite comme j’aime. Une bite de bande-dessiné, tu vois. »

L’arrivée de Caroline est-elle pour elle laborieuse qu’elle est pour nous un petit plaisir tant l’espace où elle s’immerge peu à peu est bucolique et proprement chaleureux. Dynamisée par l’emploi d’une musique aux accents rock, l’ouverture est d’une simplicité revigorante. Les enjeux paraissent alors limpides, Caroline doit enterrer sa mère et la jeune femme va de surprise en surprise en découvrant la famille que s’était créée celle qui l’en avait privée. Femme-enfant incarnée avec candeur par Isabelle Carré, Caroline est saisie par la vitalité qui l’entoure. Une énergie qui contraste avec le motif de son déplacement qu’elle compte bien expédier.

21-nuits-avec-pattie-isabelle-carre_-andré-dussolier

Malgré l’hypothèse du deuil, le ton est alors candide. La mort est d’emblée l’occasion de célébrer la vie à l’image de l’effervescence qui entoure la fête de l’Assomption. Une fougue caractérisant Pattie qui se livre à Caroline avec franchise. Voyant dans l’amour comme une forme d’esclavage, la quadragénaire revendique son plaisir sexuel plus encore qu’elle ne l’assume. Un choc pour Caroline, d’autant plus désorientée par la jouissance – manifeste – évoquée très crument par Pattie que sa libido est au point mort depuis longtemps… La puissance du scénario jaillit alors, puisant dans l’hypothèse-même de la mort la source de l’excitation tant au sens propre (afin de nourrir la comédie) qu’au sens figuré (offrant au film les vertus d’un récit initiatique où l’héroïne prend pleinement conscience de son désir jusqu’à l’assumer).

L’écriture ne cesse d’osciller entre deux tonalités en prenant garde d’attiser la curiosité des spectateurs fondus au regard de Caroline. Une dynamique développée avec acuité dans la mise en scène, les frères Larrieu mettant en place un climat singulier, ponctué de séquences fantaisistes et fantastiques, rendant les spectateurs complices d’une héroïne dont ils sont les témoins de la transformation (par ailleurs marquée visuellement). Comment ne pas être hypnotisés lorsque l’emploi parcimonieux des travellings leur confère le trouble du vertige. Parallèlement, les variations musicales participent à l’évolution narrative tout en créant des effets de contresens ou de suspens permettant aux réalisateurs de nous emporter, tout comme Caroline, au-delà de nos attentes. Interdit ou évoqué, le désir sera fantasmé avant d’être superbement transcendé tandis que la foudre et l’orage seront magnifiés.

21 NUITS AVEC PATTIE
♥♥
Réalisation : Arnaud & Jean-Marie Larrieu
France – 2015 – 115 min
Distribution : Victory Productions
Comédie

21 nuits avec Pattie

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