17 Filles

On 13/12/2011 by Nicolas Gilson

« Cet été-là » la vie de Lorient a été chamboulée : 17 jeunes filles ont pris une drôle de décision alors que leur destin leur apparaissait pathétique et sans espoir, et que les coccinelles envahissaient la ville. Delphine et Muriel Coulin signent un troublant premier long-métrage qui est le portrait d’une société en devenir, la nôtre. Sur base d’un fait divers survenu en 2008 aux Etats-Unis, transposé en France dans la cité dont elles sont originaires, les réalisatrices posent une série de questions ouvertes, pertinentes et interpellantes.

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« On ne peut rien contre une fille qui rêve »

A l’aide d’une approche esthétique épurée, privilégiant un cadre serré, Delphine et Muriel Coulin composent le portrait réaliste d’une jeunesse contemporaine. Une jeune fille, Camille (superbe Louise Grinberg), est au centre du tableau. Lors de la visite médicale, elle avoue ses doutes à l’infirmière de l’école. Un test de grossesse plus tard, celle qui était encore une jeune fille ordinaire change de statut. Le trouble qui l’habite devient un sujet de conversation avec ses amies avant de devenir le centre d’attention de ses camarades. Parce que Camille décide de garder l’enfant. Une décision qui se contage. Entre envie et fatalité, 17 jeune filles prennent leur destin en main. En faisant des enfants, elles entendent refaire le monde, elles prétendent à la révolution.

Derrière l’habile caractérisation des protagonistes se cache la description de toute une génération incitée à faire des études alors qu’il n’y a que peu de débouchés ; pour qui chômage, travail de subsistance ou enrôlement dans l’armée semblent aller de soi. Si Camille et son frère sont emblématiques d’une génération et d’une classe moyenne en perdition, les réalisatrices donnent à leur film une dimension universelle en mettant conjointement en place une dynamique de portraits démultipliés (les jeunes filles sont appréhendées, face caméra, dans l’intimité de leur chambre à coucher) et une mise en scène de la réalité des jeunes qui trainent en ville, partagent un Coca Zéro au McDo (sans glace sinon c’est l’arnaque) et se retrouvent en bord de mer pour s’évader.

Les adultes ne sont pas démissionnaires mais simplement dépassés. Ils ne comprennent pas leurs enfants. Les intentions des réalisatrices dans la mise en place des relations intergénérationnelles est juste mais moins habile. Toutefois, parmi ces séquences incertaines à l’instar de la réunion de parents, la relation entre Camille et sa mère est admirablement écrite et mise en scène. De même l’interaction avec l’infirmière scolaire (majestueuse Noémie Lvovsky) et le rôle de cette dernière sont ingénieux.

Dans une société normée et genrée, la complicité entre les jeunes filles et leur rapport à l’intime sont moteur. Et à mesure que le film se développe, l’absence de la gente masculine trouve enfin son sens. Le récit, encadré et défini en tant quel tel, est subtil et sensible.

17 FILLES
♥♥♥
Réalisation : Delphine et Muriel COULIN
France – 2011 – 87 min
Distribution : Lumière
Comédie dramatique

Cannes 2011 – semaine de la Critique

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