12 Years A Slave

On 21/01/2014 by Nicolas Gilson

Sur base d’un scénario signé par John Ridley, Steve McQueen met en scène l’adaptation du livre témoignage de Solomon Northup. En nous fondant à son ressenti, il nous confronte sans détour aux atrocités de l’esclavagisme dont les fantômes hantent à bien des égards notre société. Magistralement orchestré, 12 YEARS A SLAVE ne se contente pas de nous emporter dans la réalité des Etats-Unis au milieu du 19 ème Siècle tant il met brillamment en perspective l’hypothèse même de l’esclavage. Remarquable.

12 years a slave - steve mcqueen

Affranchi vivant à New-York, Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor) est un violoniste érudit et apprécié. Alors qu’il quitte la ville pour quelques prestations, il est enlevé et vendu comme esclave. Débute alors un parcours déshumanisant au cours duquel Solomon tentera vaille que vaille de garder sa dignité et luttera pour recouvrer la liberté.

Le scénario condense intelligemment les grands axes du récit de Solomon Northup et livre les étapes de sa condition d’esclave – de son enlèvement à son affranchissement – tout en mettant en perspective la réalité de l’esclavagisme au regard de nombreux personnages secondaires (des marchands d’esclaves à leurs « propriétaires »). La prouesse du réalisateur est d’exacerber le ressenti du protagoniste au travers de son approche esthétique. Il évite bien des écueils (ceux notamment d’une consensuelle voix-over ou d’un vulgaire enrobage musical) et ce faisant il parvient à nous fondre à la condition d’esclave tout en nous contraignant à l’objectiver. Un double portrait déroutant.

D’entrée de jeu Steve McQueen s’intéresse aux sensations aussi la ligne narrative n’est in fine pas chronologique mais suit la logique d’une construction en flash-back nourrie par le ressenti et l’émoi du protagoniste. Bien que confrontés au parcours de l’homme devenu esclave, nous en revivons avec lui les principaux mouvements au fil de son cheminement réflexif. Un travail de mémoire qui lui est nécessaire afin de conserver son identité et de pouvoir se penser comme individu.

Michael Fassbender 12 ears a slave

Nous découvrons Solomon dans sa condition d’esclave et le rencontrons à travers ce qui apparaît être le regard qu’il porte lui-même sur ce qui lui est arrivé. Les objets, comme les cordes de son violon, sont alors les vecteurs d’un mouvement imperceptible dont les vibrations glacent bientôt l’échine.

Sans jamais nous prendre au piège, Steve McQueen joue avec nos sensations et nous confronte sans détour mais avec une étonnante pudeur à l’horreur et à l’effroi vécus par Solomon et par ses congénères. Plus encore il parvient à tendre à une cruelle analogie entre la réalité mise en scène et l’esclavagisme moderne : quelle belle prospérité que de s’enrichir sur le travail et la survivance d’autrui – et quelle luminosité que celle de l’endoctrinement religieux.

Fin artisan et habile chef d’orchestre, fort de se réinventer, Steve McQueen est un virtuose de la mise en scène tant il soigne chaque détail. La photographie du film est tout à la fois sensible et impressionniste alors que le montage est père de contrastes saisissants. Il exacerbe ainsi à dessein notre ressenti en jonglant entre les hypothèses visuelles et sonores. Magistral.

Plus encore, et comme dans HUNGER et SHAME, il dirige avec brio des comédiens au meilleur de leur art. Alors que le moindre rôle est interprété avec une force et une véracité déstabilisantes, Chiwetel Ejiofor, Lupita Nyong’o et Michael Fassbender y sont prodigieux.

MCDTWYE FS008

12 YEARS A SLAVE
♥♥♥♥
Réalisation : Steve McQueen
USA – 2013 – 110 min
Distribution : Belga Films
Drame

Toronto Film Festival 2013

12 years a slave - affiche

12 Years A Slave

chiwetel-ejiofor-in-12-years-a-slave-movie-2

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