11.6

On 14/04/2013 by Nicolas Gilson

Après LE DERNIER POUR LA ROUTE – titre que nous aurions espéré prémonitoire – Philippe Godeau retrouve François Cluzet dans 11.6. Il adapte avec la complicité scénaristique d’Agnès De Sacy, l’entretien réalisé par Alice Géraud-Arfi, « Toni 11,6 – Histoire du convoyeur », publié dans la collection Les Documents chez Stock. Bien qu’il semble passer à côté de la finalité de son projet, le réalisateur signe un sympathique thriller.

11.6 - François Cluzet

Le 16 novembre 2009, Toni Musilin se rend dans un commissariat de police. A l’accueil il annonce son nom. On croit à une blague. Il n’en est rien. L’homme se rend. Qui est-il ? Qu’a-t-il commis ? Pourquoi se rend-il ? La séquence d’ouverture du film est une habile mise en condition tant elle est mère d’interrogations.

Philippe Godeau opte ainsi pour un axe narratif qui assoit le suspens : le spectateur connait la fin – qu’il se souvienne ou non du fait divers qui est à l’origine du film. Dès lors sa curiosité est excitée tant quant à la finalité de l’action qu’aux actes – méfaits – dont l’homme doit être accusé. Le réalisateur opte alors une mise en place de la réalité du protagoniste afin d’appréhender sa personnalité et de comprendre son geste, ses gestes. Toutefois la contextualisation mise en scène génère plus de questions que de réponses, creuse le trouble plus qu’elle ne le clarifie tant l’approche s’avère superficielle.

Le fait-divers se déroule en 2009, convoyeur de fonds, Toni Musilin, disparaît avec 11,6 millions d’euros dont une partie (2,5 millions) n’a pas été retrouvée. Philippe Godeau rencontre le protagoniste dans son quotidien. Passionné de voiture, Toni fait de la musculation, sort avec une femme qui a un restaurant qui tient plus du bistrot au-dessus duquel ils habitent… L’homme travaille donc comme convoyeur de fonds au coeur d’un microcosme machiste presque caricatural. Si cette mise en place a tout de passionnant, elle s’avère rapidement épuisante tant elle se révèle superficielle et son écriture transparaît. Plus que de ritualité, il est question d’une succession toute démonstrative d’une réalité – jamais de son « intimité » – qui dès lors semble mise en scène (d’autant plus que certains protagonistes secondaires sont quant à eux dépeints avec plus de finesse). Curieux paradoxe ou nullité de l’approche, c’est selon.

Bouli Lanners - 11.6

Le scénario manque cruellement de radicalité et tend une simplification pour le moins grossière de l’évolution psychologique du protagoniste. Alors que la contextualisation de la réalité de Toni est le moteur de l’intrigue, celle-ci est maladroitement esquissée si bien qu’à mesure qu’il bascule dans un délire – dépeint à gros traits – son quotidien devient opaque. Parallèlement, le réalisateur ancre ainsi une totale mise en condition du spectateur puisque les motivations de Toni ne sont pas intelligibles. Plus encore, Philippe Godeau n’hésite pas à sortir du point de vue du protagoniste confrontant alors le spectateur aux regards de sa copine (admirable Corinne Masiero) et de ses collègues. Aussi malgré un axe narratif premier pertinent, le scénario de 11.6 est bien gauche car nombreuses sont les questions suscitées qui ne trouvent de réponse – soient-elles ouvertes.

Du côté de la réalisation, Philippe Godeau signe un film sans personnalité. Ça « panneaute » sans cesse et sans raison, le montage dessine des enchainements presque scolaires… Bref, ça manque de sensibilité. Toutefois l’exercice fait preuve de fluidité et témoigne d’une mise en condition efficace du spectateur. La musique, bien que quelques fois absconse, assoit d’ailleurs une palpitante atmosphère de suspens.

Bouli Lanners et François Cluzet - 11.6

11.6

Réalisation : Philippe GODEAU
France – 2013 – 102 min
Distribution : O’Brother
Thriller

11.6 affiche

François Cluzet - 11.6

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